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Santé mentale des jeunes : comment réagir face à un adolescent ou un jeune adulte en crise ?

Un jeune homme fatigué, la main sur le front, fixe son écran d'ordinateur avec un regard vide, illustrant le mal-être silencieux des jeunes au travail.

Ce que vous apprendrez dans cet article :

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Pourquoi la santé mentale des jeunes se dégrade et comment ce mal-être entre dans vos équipes chaque jour.

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Ce qui empêche les managers, tuteurs et formateurs de repérer les signaux d'alerte chez un jeune en souffrance.

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Trois réflexes concrets que tout encadrant peut adopter pour réagir face à un adolescent ou un jeune adulte en crise.

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Les dispositifs d'aide existants et la formation PSSM module jeune pour aller plus loin dans l'accompagnement.

Théo a 19 ans. Il est en alternance depuis septembre. Les premiers mois, tout roulait. Il posait des questions, prenait des notes, arrivait en avance. Puis les retards se sont multipliés. Les échanges se sont espacés. Un matin, il a fondu en larmes devant la machine à café sans pouvoir expliquer pourquoi. Son tuteur n’a pas su quoi faire. Il a attendu. Le silence s’est installé.

Cette scène, vous l’avez peut-être déjà vécue. Ou vous la vivrez. La santé mentale des jeunes se dégrade en France, et le monde du travail n’est pas épargné. Vos apprentis, stagiaires et alternants arrivent chaque matin avec un mal-être qu’ils ne savent pas nommer.

Vous n’avez pas besoin d’être psychologue pour réagir face à un jeune en crise de santé mentale. Cet article vous donne des repères concrets pour repérer les signaux, engager le dialogue et orienter vers les bons relais.

La santé mentale des jeunes se dégrade, et le monde du travail n’est pas épargné

La santé mentale des 15-25 ans n’a jamais été aussi fragile. En France, un jeune sur quatre âgé de 15 à 29 ans présente des signes de dépression (enquête Mutualité Française / Institut Montaigne / Institut Terram, septembre 2025, 5 633 jeunes interrogés via le questionnaire standardisé PHQ-9). 

Ce n’est pas un phénomène passager. 

Entre 2019 et 2023, les prescriptions d’antidépresseurs chez les moins de 25 ans ont augmenté de 60 % (rapport Charges et Produits 2025, Assurance Maladie).

Sur la même période, près de 936 000 jeunes de 12 à 25 ans se sont vu prescrire au moins un psychotrope, soit 18 % de plus qu’en 2019 (Addictions France, données SNDS).

Ces chiffres ne décrivent pas un monde lointain. Ils décrivent vos équipes.

Votre apprenti de 20 ans qui ne dort plus. Votre stagiaire de 22 ans qui enchaîne les arrêts. Votre alternante de 18 ans qui s’isole à chaque pause. La souffrance psychologique des jeunes ne reste pas à la porte de l’entreprise ou du centre de formation. Elle entre avec eux chaque matin.

Les causes se cumulent. Pression scolaire et professionnelle, précarité financière, hyperconnexion aux réseaux sociaux, éco-anxiété, fragilisation des liens familiaux. 

Le COVID a accéléré une tendance déjà installée avant 2020. Une étude du CEReSS menée sur les données du Système National des Données de Santé entre 2016 et 2023 le confirme : la pandémie a accentué des vulnérabilités préexistantes chez les moins de 25 ans (Fondation FondaMental, avril 2025). Les adolescentes et les jeunes femmes sont les plus touchées, avec une hausse de 13 % des consultations psychiatriques ambulatoires sur la période.

Vous pensez peut-être que ce sujet ne concerne que le système éducatif ou les familles. C’est une erreur. Dès qu’un jeune entre dans votre structure, vous devenez un acteur de son environnement quotidien. 

Votre rôle de manager, de tuteur ou de formateur vous place en première ligne. Pas pour diagnostiquer. Pas pour soigner. Pour voir, écouter et réagir. 75 % des troubles psychiques se développent avant l’âge de 25 ans (CESE, octobre 2025). La fenêtre pour agir, c’est maintenant. Et vous en faites partie.

Pourquoi les adultes encadrants passent à côté des signaux

Le silence est le premier obstacle. Parmi les jeunes qui déclarent se sentir mal, 7 sur 10 n’en parlent à personne (CESE, avis du 14 octobre 2025). Seuls 38 % des 15-29 ans ont déjà évoqué leur santé mentale avec un professionnel (enquête Mutualité Française / Institut Montaigne / Institut Terram, septembre 2025). 

Pourquoi si peu ? 24 % citent la peur du jugement. 17 % évoquent le coût. 18 % pensent que cela ne les aiderait pas (même source). Et 13 % déclarent ne pas savoir vers qui se tourner (Vidal, septembre 2025).

Un jeune en détresse ne vient pas frapper à votre porte pour vous dire qu’il va mal. Il se replie. Il change de comportement. Il décroche. Et vous, en face, vous voyez que quelque chose ne tourne pas rond. Mais vous ne savez pas quoi faire.

Cette hésitation n’a rien d’un manque d’attention. Elle vient d’un manque de méthode. Les managers, tuteurs et formateurs n’ont jamais appris à identifier les signaux d’une crise de santé mentale chez un jeune. Ils confondent un épisode dépressif avec une « baisse de motivation ». Ils mettent un repli social sur le compte de la timidité. Ils interprètent une agressivité soudaine comme un problème d’attitude.

Prenez un exemple courant. Un alternant de 21 ans arrive en retard trois fois de suite. Son tuteur lui fait une remarque sur la ponctualité. L’alternant se braque. Le tuteur conclut à un problème de sérieux. Personne ne creuse. Personne ne pose une question simple : « Est-ce que tout va bien en ce moment ? » Deux semaines plus tard, le jeune ne revient plus.

Vous pensez peut-être : « Ce n’est pas mon rôle de faire le psy. » Et vous avez raison. Ce n’est pas votre rôle. Mais repérer un changement de comportement, poser une question ouverte et orienter vers un relais adapté, ce n’est pas « faire le psy ». C’est faire preuve de vigilance. C’est ce qu’on attend d’un encadrant qui prend soin de la santé mentale dans son environnement de travail.

L’autre frein, c’est la peur de mal faire. Peur de brusquer. Peur de franchir une limite. Peur d’aggraver la situation. Cette peur est compréhensible. Mais le silence produit exactement ce que vous cherchez à éviter. Un jeune qui ne se sent pas vu finit par se convaincre que personne ne peut l’aider. L’isolement s’installe. Le décrochage suit.

Le vrai problème n’est jamais l’indifférence. C’est l’absence d’outils. Sans formation, même les encadrants les plus attentifs passent à côté. Ils voient les symptômes, mais ne savent pas les lire. Ils sentent que quelque chose cloche, mais ne savent pas par où commencer. Et pourtant, des réflexes simples existent pour agir avant qu’il ne soit trop tard.

Trois réflexes accessibles à tout encadrant (et une formation pour aller plus loin)

Vous n’avez pas besoin d’un diplôme en psychologie pour agir. Trois réflexes simples peuvent changer la trajectoire d’un jeune en souffrance.

Premier réflexe : repérer le changement, pas le symptôme.

Ne cherchez pas à poser un diagnostic. Observez ce qui change. Un jeune habituellement bavard qui ne dit plus un mot. Un collaborateur ponctuel qui accumule les retards. Une personne sociable qui mange seule tous les midis. Ce qui doit vous alerter, c’est la rupture avec le comportement habituel. Pas un épisode isolé, mais un changement qui s’installe dans la durée. Un formateur, un tuteur ou un manager voit ces signaux avant tout le monde, parce qu’il côtoie le jeune au quotidien.

Deuxième réflexe : ouvrir le dialogue sans forcer la confidence.

Choisissez un moment calme, à l’écart. Utilisez des phrases simples : « J’ai remarqué que tu semblais moins bien ces derniers temps, est-ce que tu veux en parler ? » Ne minimisez pas (« ça va passer, c’est ton âge »). Ne dramatisez pas non plus. Écoutez sans interrompre et sans juger. Votre objectif n’est pas de trouver une solution. Il est de créer un espace où la parole devient possible. Ce simple geste peut rompre l’isolement dans lequel beaucoup de jeunes s’enferment. Rappelez-vous : 7 jeunes sur 10 n’en parlent à personne (CESE, octobre 2025). Parfois, une seule question posée au bon moment fait toute la différence.

Troisième réflexe : orienter vers les relais existants.

Vous ne portez pas cette responsabilité seul. Des dispositifs concrets existent pour accompagner les jeunes en difficulté psychologique :

  • Le 3114, numéro national de prévention du suicide, est gratuit, confidentiel et accessible 24h/24. Il met en contact avec des psychologues et des professionnels formés.
  • Mon soutien psy permet à toute personne dès 3 ans de bénéficier de 12 séances par an chez un psychologue partenaire de l’Assurance Maladie, à 50 € la séance remboursée à 60 %. Plus besoin de prescription médicale depuis mai 2025.
  • Les Maisons des adolescents accueillent les jeunes de 11 à 25 ans sans rendez-vous, pour une écoute gratuite et confidentielle.
  • En interne, pensez au médecin du travail, à l’infirmier(e), au psychologue ou à l’assistant(e) social(e) de votre structure.

Affichez ces ressources dans vos locaux. Glissez-les dans vos livrets d’accueil. Rendez-les visibles. Un jeune qui ne sait pas vers qui se tourner a besoin de tomber sur cette information sans avoir à la chercher.

Et si vous voulez aller plus loin ?

Ces trois réflexes constituent un premier niveau de réponse. Ils ne remplacent pas une vraie montée en compétence. Pour acquérir une méthode complète, nous proposons la formation Premiers Secours en Santé Mentale — module jeune (PSSMJ).

En 14 heures réparties sur 2 jours, vous apprenez à reconnaître les signes de dépression, d’anxiété, de troubles psychotiques ou d’addiction chez les 12-25 ans. Vous découvrez le plan d’action AERER : Approcher la personne, Écouter sans jugement, Réconforter, Encourager à aller vers un professionnel, Renseigner sur les ressources disponibles. La pédagogie repose sur des mises en situation, des jeux de rôle et des échanges entre participants. Aucun prérequis n’est nécessaire. À l’issue des deux jours, vous recevez une attestation de secouriste en santé mentale délivrée par PSSM France.

En France, 195 000 personnes étaient déjà formées aux premiers secours en santé mentale au 1er avril 2025, avec environ 7 000 nouveaux secouristes chaque mois (solidarites.gouv.fr). Le mouvement est lancé.

Nous proposons aussi la formation PSSM standard, qui s’adresse à tout adulte souhaitant apprendre à réagir face à une personne en crise de santé mentale, quel que soit son âge.

Pour mieux comprendre le contenu de ces formations : Premiers secours en santé mentale : en quoi consiste la formation exactement ?

Former vos encadrants ne remplacera jamais un suivi médical. Mais cela peut faire la différence entre un jeune qui sombre en silence et un jeune qui trouve la porte de sortie au bon moment.

 

Agir maintenant, avant que le silence ne s’installe

La santé mentale des jeunes se dégrade. Les chiffres le confirment, les professionnels de terrain le constatent chaque jour. Un jeune sur quatre présente des signes de dépression, les prescriptions de psychotropes explosent chez les moins de 25 ans, et cette souffrance entre dans vos équipes avec vos apprentis, vos stagiaires et vos alternants.

Le problème n’est pas que les adultes encadrants s’en moquent. C’est qu’ils n’ont jamais appris à lire les signaux. Le silence des jeunes, la peur de mal faire, l’absence d’outils : tout pousse à l’inaction. Et pourtant, trois gestes simples suffisent à briser cette mécanique. Observer ce qui change. Poser une question au bon moment. Orienter vers un relais adapté.

Reste une question à vous poser : dans votre structure, combien de personnes savent réagir face à un jeune en crise de santé mentale aujourd’hui ?

Si la réponse vous met mal à l’aise, c’est le bon moment pour agir. En 2 jours, la formation Premiers Secours en Santé Mentale — module jeune donne à vos encadrants les réflexes et la méthode pour repérer, écouter et accompagner. Contactez-nous pour organiser une session dans votre établissement.

FAQ – Santé mentale des jeunes : comment réagir face à un adolescent ou un jeune adulte en crise ? 

Comment savoir si un jeune va mal alors qu'il ne dit rien ?

Ne cherchez pas un aveu. Observez ce qui change dans son comportement : retrait social, retards répétés, irritabilité soudaine, baisse d’énergie. C’est la rupture avec le comportement habituel qui doit vous alerter, pas un épisode isolé.

Est-ce le rôle d'un manager ou d'un tuteur d'aborder la santé mentale ?

Vous n’avez pas à jouer le rôle d’un psychologue. En revanche, repérer un changement de comportement, poser une question ouverte et orienter vers un professionnel fait partie de la vigilance attendue de tout encadrant. Le CESE recommande d’ailleurs de former les adultes encadrants aux premiers secours en santé mentale.

Que faire si le jeune refuse de parler ?

Ne forcez pas la confidence. Dites-lui simplement que vous restez disponible. Rappelez-lui les ressources existantes : le 3114 (gratuit, confidentiel, 24h/24), Mon soutien psy ou les Maisons des adolescents. Gardez le lien. Le plus important est qu’il sache que quelqu’un a remarqué.

Faut-il des compétences médicales pour suivre la formation PSSM ?

Non. La formation Premiers Secours en Santé Mentale — module jeune est ouverte à tout adulte dès 18 ans, sans aucun prérequis. Elle dure 14 heures sur 2 jours et repose sur des mises en situation concrètes.

Quelle différence entre la formation PSSM standard et le module jeune ?

La formation PSSM standard prépare à réagir face à toute personne adulte en crise de santé mentale. Le module jeune (PSSMJ) cible les 12-25 ans avec des contenus adaptés à leurs problématiques : dépression adolescente, troubles anxieux, usage de substances, crises d’agressivité. Si vous encadrez des apprentis, stagiaires ou alternants, le module jeune est le plus adapté.

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