Édition premier trimestre 2026
Le métier de formateur en 2026
Le métier change vite. Très vite. Ces dernières années, les formats se multiplient, le présentiel revient en force, l’IA redistribue les cartes… et les attentes des apprenants évoluent presque chaque mois. En 2026, être formateur ne se résume plus à transmettre un contenu : il faut créer une expérience, maintenir le lien, s’ajuster en temps réel, faire vivre un groupe.
Replay du webinaire

Édito de Xavier Romero
Je profite de cette première Gazette de la communauté des formateurs pour vous souhaiter une excellente année 2026. Une belle année pleine d’amour, de joie et de prospérité. (…)
Bonjour à vous toutes et à vous tous,
Je profite de cette première Gazette de la communauté des formateurs pour vous souhaiter une excellente année 2026. Une belle année pleine d’amour, de joie et de prospérité.
Nous avons annoncé la création de cette communauté en juin 2025 pendant l’Université d’été de Compétences Prévention et vous êtes déjà plus de 170 participants. Il nous reste maintenant à vous donner un programme d’activités pour l’année.
Mais ne vous y trompez pas, si Compétences Prévention va assumer le démarrage de cette communauté, il ne s’agit pas pour nous d’assurer l’intégralité des activités qui seront proposées. Nous comptons sur vous pour que chacun prenne sa part de responsabilité et soit force de proposition.
Vous êtes tous Formateurs et Formatrices avec pour certains et certaines d’entre vous des années d’expériences diverses et variées et c’est bien sûr de ces partages dont tous les participants seront friands. Mais, vous avez aussi des besoins et c’est aussi cela que nous attendons de vous, faites-nous remonter ces besoins, lancez des appels et c’est ainsi que vous aurez des réponses et que la communauté commencera à prendre sa vitesse de croisière.
C’est une communauté de Formateurs dynamique que tout le monde attend, soyez inventifs, faites-nous des propositions. Ne soyez pas timorés, foncez, il n’y a aucun risque, nous sommes entre nous.
Voilà ce que je voulais vous dire, soyez inventifs, soyez vous, soyez dans le partage. On gagne plus en donnant qu’en attendant de recevoir.
Et encore une fois une fabuleuse année à toutes et à tous.
Xavier

À la une
Faire communauté entre formateurs : pourquoi le métier ne peut plus se pratiquer seul en 2026
Le métier se transforme, les défis s’intensifient et l’isolement pèse plus que jamais. En 2026, faire communauté devient essentiel pour progresser, rester légitime et sécuriser son activité.
Comment construire une identité professionnelle forte en tant que formateur ?
Clarifiez votre posture de formateur, rendez votre expertise lisible et construisez une identité professionnelle cohérente, alignée avec votre pratique réelle.
IA et formation : comment rester formateur sans devenir simple diffuseur de contenus ?
Face à l’IA, le rôle du formateur évolue : moins diffuseur de contenus, plus créateur d’expériences d’apprentissage humaines et engageantes.
Faire communauté entre formateurs : pourquoi le métier ne peut plus se pratiquer seul en 2026
Former aujourd’hui ne consiste plus seulement à transmettre un contenu. Le métier de formateur s’est transformé : exigences pédagogiques renforcées, outils en évolution constante, attentes accrues des stagiaires, cadres qualité plus structurants.
En 2026, le formateur est à la fois pédagogue, concepteur, animateur, évaluateur et garant de la qualité. Cette densité nouvelle pose une question centrale : peut-on encore exercer ce métier durablement en restant seul ?
Sur le terrain, la réponse s’impose progressivement. Isolé, le formateur manque de recul, s’épuise plus vite et peine à faire évoluer ses pratiques. À l’inverse, l’échange entre pairs devient un levier concret pour progresser, sécuriser sa posture et continuer à exercer avec exigence.
Le métier de formateur a changé : la solitude n’est plus tenable
La formation professionnelle connaît depuis plusieurs années une intensification marquée. En France, 6,4 millions de personnes ont suivi une formation en 2023, soit +15 % par rapport à 2021 (Source : Dares / Centre Inffo, Panorama de la formation professionnelle). Dans le même temps, 52 % des salariés ont bénéficié d’au moins une action de formation en 2023, contre 45 % en 2021 (Source : Dares, enquête Formation tout au long de la vie).
Le financement global de la formation professionnelle continue atteint désormais 25 milliards d’euros, soit 3,7 % de la masse salariale (Source : France Compétences). Cette croissance quantitative s’accompagne d’un renforcement des exigences qualitatives.
La généralisation de la certification Qualiopi illustre cette évolution : positionnement à l’entrée, suivi des acquis, traçabilité, amélioration continue (Source : Ministère du Travail – Référentiel National Qualité). Le formateur n’est plus seulement animateur : il est aussi concepteur, évaluateur et garant de la qualité pédagogique.
Parallèlement, les pratiques évoluent rapidement. Pédagogies actives, apports des neurosciences, diversification des publics, attentes accrues d’interactivité et d’utilité concrète modifient profondément la manière de former. À cela s’ajoute l’essor de l’intelligence artificielle générative, qui transforme la conception des supports et la préparation des sessions (Source : France Compétences – Transformations numériques de la formation).
Cette accumulation impose une mise à jour continue des compétences : contenus, méthodes, posture, outils. Or, cette mise à jour se fait encore majoritairement seul. Selon des enquêtes sectorielles, près de 7 formateurs sur 10 déclarent exercer sans collectif structuré d’échanges entre pairs (Source : synthèses Centre Inffo – indépendants et formateurs).
Questions à se poser sur le terrain
Quand une formation se passe moins bien que prévu, à qui en parlez-vous vraiment ? Et combien de temps restez-vous seul avec cette question ?
Dans ce contexte, l’isolement devient un frein réel : perte de recul, stagnation pédagogique, difficulté à gérer des situations complexes. Le métier est devenu trop dense et trop exigeant pour être exercé seul durablement.
L’intelligence collective améliore la pédagogie, la posture et la confiance
Un formateur ne progresse pas uniquement par l’expérience individuelle. Il progresse aussi par l’échange, le retour et la confrontation bienveillante de ses pratiques.
Les travaux en développement des compétences le confirment. Le modèle 70-20-10 montre qu’environ 20 % des apprentissages professionnels proviennent des interactions sociales : échanges entre pairs, feedbacks, analyses de pratiques (Source : Lombardo & Eichinger – Center for Creative Leadership).
Concrètement, une communauté de formateurs apporte des bénéfices immédiats. Partager une technique d’animation déjà testée évite des essais infructueux. Mutualiser une fiche pédagogique éprouvée fait gagner du temps. Échanger sur une évaluation difficile permet d’ajuster plus rapidement sa posture.
L’intelligence collective accélère également la résolution de problèmes. Une séance qui ne fonctionne pas, un groupe en tension, un public difficile à mobiliser : seul, le formateur doute et tâtonne. En collectif, il analyse une situation réelle, bénéficie de regards croisés et identifie des pistes concrètes d’amélioration.
Les démarches de codéveloppement professionnel reposent sur ce principe. Un pair expose une situation vécue, les autres questionnent, analysent et proposent des pistes d’action.
Exercice concret
Repensez à une situation vécue récemment en formation :
- un groupe difficile,
- une séquence qui n’a pas pris,
- une posture que vous avez questionnée après coup.
Si un pair était là, qu’est-ce qu’il verrait que vous ne voyez plus ?
Au-delà des outils, le collectif agit sur la posture. Le regard des pairs renforce la confiance, consolide la légitimité et sécurise les choix pédagogiques.
Mini-checklist : se former… sans être seul
Cochez mentalement ce qui vous ressemble aujourd’hui :
- Je teste mes pratiques surtout par essai-erreur
- Je doute parfois sans pouvoir en parler
- Je prépare mes formations sans regard extérieur
- Je fais ma veille pédagogique en solitaire
Si plusieurs réponses résonnent, le collectif devient un levier.
Un formateur apprend autant qu’il transmet. Ensemble, les formateurs deviennent meilleurs.
La communauté crée des opportunités, sécurise l’activité et prépare l’avenir
Faire communauté ne se limite pas à la pédagogie. En 2026, c’est aussi une stratégie de sécurisation professionnelle.
Le métier de formateur repose sur des missions ponctuelles et des contextes variés. Vécue seul, cette réalité fragilise les parcours. En collectif, l’information circule : besoins émergents, opportunités de missions, recommandations. La visibilité repose aussi sur la reconnaissance entre pairs.
La communauté soutient la professionnalisation continue. Webinaires, ateliers, masterclass et échanges structurés permettent de rester à jour sans porter seul la charge de la veille. Les évolutions pédagogiques, réglementaires ou technologiques sont analysées collectivement puis traduites en pratiques concrètes.
Face aux mutations à venir — IA, renforcement des exigences qualité, évolution des métiers — le collectif devient un espace d’anticipation. Seul, le formateur subit. En communauté, il expérimente, ajuste et choisit.
À tester dès la prochaine formation
Lors de votre prochaine session, identifiez :
- une séquence que vous ajustez souvent,
- un support qui vous fait perdre du temps,
- une situation que vous redoutez un peu.
Imaginez maintenant ce que pourrait vous apporter le retour d’un formateur qui vit la même chose que vous.
Enfin, la communauté joue un rôle de soutien humain. Le métier est exigeant, parfois éprouvant. Pouvoir échanger, demander un avis, trouver une écoute contribue à préserver l’équilibre professionnel et à durer dans le temps.
Exercice d’auto-positionnement
Aujourd’hui, dans votre activité de formateur :
- Sur quoi pouvez-vous compter ?
- Qui vous aide à prendre du recul ?
- Où trouvez-vous du soutien quand ça se complique ?
Et maintenant, à vous de faire vivre cette dynamique
Faire communauté ne se décrète pas. Elle se construit dans le temps, par les échanges, les retours d’expérience et les contributions de celles et ceux qui la composent.
Cette communauté a vocation à être un espace ouvert. Un lieu où les formateurs peuvent partager ce qu’ils vivent réellement sur le terrain : une pratique qui fonctionne, une situation qui interroge, une difficulté rencontrée, une idée à tester, un sujet à explorer collectivement.
Ce sont vos propositions, vos contenus et vos prises de parole qui lui donneront corps. Ce sont vos expériences qui nourriront les réflexions, inspireront d’autres formateurs et feront progresser l’ensemble du collectif.
Vous avez un sujet en tête ? Un retour d’expérience à partager ? Une question qui pourrait faire avancer d’autres formateurs ?
Comment construire une identité professionnelle forte en tant que formateur ?
Le métier de formateur s’est transformé. Les cadres d’intervention se sont multipliés, les statuts se sont diversifiés, les parcours se sont fragmentés. En 2026, on peut exercer le même métier tout en vivant des réalités très différentes. Dans ce contexte, la compétence ne suffit plus à faire repère. Non pas parce qu’elle aurait perdu de sa valeur, mais parce qu’elle ne se lit plus spontanément.
Sur le terrain, beaucoup de formateurs savent faire. Ils maîtrisent leurs contenus, leurs animations fonctionnent, les retours stagiaires sont bons. Pourtant, lorsqu’il s’agit d’expliquer clairement ce qu’ils font, pour qui ils interviennent et dans quels contextes ils sont réellement pertinents, le discours devient parfois flou, change selon l’interlocuteur ou reste trop général.
Ce flou n’est pas neutre. Il peut conduire à des sollicitations mal ciblées, à des missions qui ne correspondent pas à sa pratique réelle, ou à une difficulté à être identifié, recommandé ou reconnu à sa juste place. C’est là que la question de l’identité professionnelle devient centrale. Pas comme un exercice de communication ou de visibilité, mais comme un repère structurant. Une manière de rendre lisible ce que l’on fait déjà, sans se sur-vendre ni se disperser.
Construire une identité professionnelle forte, c’est clarifier sa posture, assumer ses choix et aligner ce que l’on pratique en formation avec ce que l’on montre à l’extérieur. C’est ce travail, concret et souvent sous-estimé, que nous vous proposons d’explorer dans cet article.
Poser les bases : un socle professionnel clair et lisible
Avant de chercher à être visible, encore faut-il être lisible. Et cette lisibilité repose sur un socle que beaucoup de formateurs pensent acquis… alors qu’il ne l’est pas toujours.
Le premier pilier de ce socle, c’est le CV. En 2026, un CV de formateur n’est plus un document administratif. C’est un outil de positionnement. Il ne sert pas à prouver que vous savez faire, mais à permettre à celui qui le lit de comprendre dans quel cadre vous êtes pertinent.
Un CV trop dense, trop exhaustif ou trop généraliste crée de l’incertitude. Or, dans la formation, l’incertitude freine la décision : on hésite à vous solliciter, on ne sait pas vous recommander, on vous contacte “au cas où”.
Un CV efficace fait des choix clairs.
Il met en avant :
- vos domaines d’intervention réellement pratiqués,
- les publics que vous formez régulièrement,
- les contextes et formats dans lesquels vous êtes à l’aise,
- votre rôle en formation (animateur, facilitateur, formateur de formateurs, accompagnant…).
Ce n’est pas ce que vous savez faire “en théorie” qui compte ici, mais ce que vous faites concrètement sur le terrain.
Test de lisibilité du CV
En 30 secondes de lecture, votre CV permet-il de répondre clairement à ces trois questions ?
- Sur quels sujets êtes-vous légitime aujourd’hui ?
- Avec quels publics
- Dans quels contextes vous appellerait-on sans hésiter ?
Si la réponse est floue, ce n’est pas un problème de forme, mais de positionnement.
Mais le socle ne se limite pas à un document bien structuré. Il repose aussi sur votre capacité à expliquer simplement ce que vous faites.
Sur le terrain, beaucoup de formateurs savent très bien animer, accompagner un groupe. Pourtant, lorsqu’ils doivent présenter leur activité, le discours devient parfois imprécis, change selon l’interlocuteur ou s’encombre de jargon. Ce décalage fragilise l’identité professionnelle. Il crée un flou, y compris pour le formateur lui-même.
Être capable de dire, en quelques phrases claires, ce que vous faites, pour qui et comment, n’est pas un exercice de communication. C’est un exercice de clarification professionnelle. Il vous aide à poser un cadre, à refuser certaines sollicitations et à accepter celles qui vous correspondent vraiment.
Enfin, ce socle n’a de valeur que s’il est cohérent. Cohérence entre ce qui est écrit sur le CV, ce qui est dit à l’oral et ce qui est vécu en formation. Les écarts se perçoivent vite : une pédagogie annoncée comme active mais vécue comme descendante, une posture affichée mais non incarnée. Une identité professionnelle solide ne repose pas sur une image projetée, mais sur une pratique assumée.
Poser ces bases peut sembler évident. C’est pourtant un travail que peu de formateurs prennent réellement le temps de faire. Et sans ce socle clair, aucune visibilité en ligne ou ailleurs ne tient dans la durée.
Rendre son identité lisible : visibilité, cohérence et prises de parole
Une fois le socle clarifié, se pose une question inévitable : comment cette identité est-elle perçue à l’extérieur ?
Aujourd’hui, qu’on le souhaite ou non, l’identité professionnelle d’un formateur se construit aussi hors des salles de formation. CV, profil LinkedIn, discours informel, recommandations : tout participe à la manière dont vous êtes identifié.
Parmi ces supports, LinkedIn est devenu un point de passage quasi incontournable. Organismes de formation, entreprises, responsables pédagogiques y vérifient des parcours, y cherchent des profils et y croisent des discours. Un profil flou, non à jour ou décalé par rapport au CV installe immédiatement un doute.
Un bon profil LinkedIn de formateur ne se contente pas de reprendre un intitulé de poste. Il rend visible votre périmètre réel : ce que vous faites aujourd’hui, avec quels publics, et dans quelle posture.
La question du partage de contenus revient souvent : faut-il poster ? Il n’y a pas de réponse unique. Poster n’est ni une obligation, ni une preuve de professionnalisme.
Poster ou se taire ?
Publier uniquement pour “exister” fatigue et affaiblit le discours. En revanche, partager ponctuellement :
- un retour de terrain,
- une question professionnelle,
- une réflexion issue d’une formation vécue,
peut renforcer votre identité… à condition que cela soit directement relié à votre pratique réelle.
Si vous ne pouvez pas relier une publication à une situation vécue en formation, mieux vaut s’abstenir.
La même logique s’applique aux autres réseaux sociaux.
Être présent partout n’est pas un gage de pertinence. La dispersion brouille le message et fatigue inutilement. Mieux vaut un espace clair, cohérent et tenu dans le temps qu’une présence éclatée.
C’est ici qu’intervient la notion de personal branding, souvent mal comprise chez les formateurs. Il ne s’agit pas de se mettre en scène, ni de construire une image artificielle. Il s’agit de rendre cohérentes vos prises de parole avec votre pratique réelle.
Le personal branding côté terrain
Une identité professionnelle forte ne repose pas sur une accroche ou une promesse. Elle repose sur la constance :
- mêmes mots pour parler de votre métier,
- mêmes valeurs dans vos choix,
- mêmes pratiques sur le terrain.
Lorsque le discours en ligne correspond à ce que vivent les stagiaires, la confiance s’installe naturellement.
Travailler sa visibilité ne consiste donc pas à chercher à être vu à tout prix. Il s’agit de choisir ce que l’on montre, ce que l’on dit et ce que l’on laisse de côté, pour rester lisible et crédible dans la durée.
Cette lisibilité prépare le terrain à une autre dimension essentielle de l’identité professionnelle : la crédibilité dans le temps, portée autant par les supports que par les échanges avec d’autres formateurs. C’est ce que nous abordons dans la partie suivante.
Ancrer son identité dans la durée : supports stables et regard des pairs
Une identité professionnelle ne se construit pas uniquement dans l’instant. Elle se stabilise dans le temps, à travers des supports cohérents et des espaces où la pratique peut être confrontée, questionnée, ajustée.
La question du site web revient régulièrement chez les formateurs. Faut-il en avoir un en 2026 ? La réponse n’est ni automatique, ni universelle.
Un site web devient pertinent lorsqu’il répond à un besoin précis : présenter une offre structurée, rassurer un partenaire, poser un cadre professionnel clair. Il n’a pas vocation à être exhaustif ni à démontrer une maîtrise technique. Un site trop riche, trop généraliste ou mal tenu fragilise plus qu’il ne renforce.
Un site utile, pas un site vitrine
Un site de formateur est pertinent s’il permet de comprendre rapidement :
- dans quels contextes vous intervenez,
- auprès de quels publics,
- sur quels sujets,
- avec quelle approche pédagogique.
S’il ne répond pas clairement à ces points, il n’aide ni le lecteur, ni votre positionnement.
En 2026, la crédibilité ne repose pas sur la sophistication des outils, mais sur leur cohérence et leur mise à jour. Un site simple, clair et aligné avec votre pratique réelle vaut toujours mieux qu’un site ambitieux mais figé.
Mais l’ancrage d’une identité professionnelle ne repose pas uniquement sur des supports visibles. Il se joue aussi dans des espaces moins formels, mais déterminants : les échanges entre pairs.
Un formateur construit difficilement son identité seul, face à ses documents. C’est dans la discussion avec d’autres professionnels que le positionnement s’affine : lorsque l’on confronte ses pratiques, que l’on partage des situations vécues, que l’on met des mots sur ce que l’on fait vraiment.
Le collectif comme stabilisateur
Sans regard extérieur, l’identité professionnelle peut se figer ou devenir floue. Le collectif permet de la questionner, de l’ajuster et de la faire évoluer sans se renier. Il ne s’agit pas de se conformer, mais de gagner en justesse.
Ces espaces d’échange jouent un rôle souvent sous-estimé. Ils aident à rester aligné lorsque le métier évolue vite, à éviter la dispersion et à donner de la consistance à une identité professionnelle dans la durée.
C’est dans cette logique que les dynamiques collectives prennent tout leur sens : non pas comme une vitrine supplémentaire, mais comme un lieu pour continuer à construire, affiner et stabiliser sa posture de formateur au fil du temps.
Faire vivre son identité plutôt que la figer
Une identité professionnelle ne se décrète pas une fois pour toutes. Elle se construit, se précise, se déplace parfois. Elle évolue au fil des formations animées, des publics rencontrés, des contextes traversés.
En 2026, le véritable enjeu n’est pas d’avoir une identité “parfaite”, mais une identité habitable. Une posture dans laquelle on se reconnaît, que l’on peut expliquer sans se justifier, et que les autres peuvent comprendre sans interpréter.
Ce travail demande du temps et du recul. Il suppose de savoir s’arrêter, questionner ce que l’on fait vraiment, ajuster ce que l’on montre et accepter de ne pas répondre à toutes les sollicitations. C’est souvent dans ces choix que l’identité professionnelle se renforce. Il se nourrit aussi des échanges. Des discussions entre formateurs, des retours d’expérience partagés, des regards extérieurs qui aident à voir ce qui, à force d’habitude, devient invisible. Non pour se comparer, mais pour rester juste.
Faire vivre son identité professionnelle, ce n’est pas chercher à être plus visible. C’est chercher à être plus cohérent. Et dans un métier qui se transforme vite, cette cohérence devient l’un des rares points d’appui durables pour continuer à exercer avec sens, clarté et engagement.
IA et formation : comment rester formateur sans devenir simple diffuseur de contenus ?
Il y a encore peu de temps, le formateur construisait lui-même ses contenus.
Ce travail prenait du temps, mais il avait une vertu essentielle : en préparant ses supports, il clarifiait ses objectifs, structurant sa progression, anticipant ce qu’il allait faire vivre au groupe. Il arrivait en formation avec une vision claire et une vraie maîtrise de son animation.
En 2026, l’intelligence artificielle change profondément cette réalité. En quelques secondes, elle peut proposer un plan de formation, un déroulé, des objectifs, des exercices, des quiz, des supports visuels. Le gain de temps est réel. Mais cette facilité pose une question de fond : que reste-t-il du rôle du formateur lorsque le contenu est produit ailleurs, plus vite, parfois sans qu’il en soit l’auteur ?
La tentation est grande de s’appuyer sur ces outils pour préparer rapidement une formation, voire d’animer un contenu que l’on ne maîtrise que partiellement. Le risque n’est pas technologique, il est pédagogique. À force de déléguer la conception, le formateur peut glisser vers un rôle de diffuseur, chargé de faire défiler des supports qu’il n’a pas pleinement intégrés.
Pour autant, refuser l’IA n’est ni réaliste ni souhaitable. Ces outils sont déjà là, et ceux qui s’en privent prennent du retard. La question n’est donc pas de savoir s’il faut utiliser l’IA, mais comment l’utiliser sans perdre ce qui fait la valeur du métier.
Car si le présentiel revient en force, ce n’est pas par nostalgie. C’est parce que l’apprentissage repose aussi sur la relation, le groupe, l’ajustement en temps réel, le vécu partagé. Et cela, l’IA ne le fait pas.
Cet article propose de clarifier ce que l’IA transforme réellement dans la formation, le risque qu’elle fait peser sur la posture du formateur, et surtout comment rester formateur en 2026 : non pas en produisant toujours plus de contenus, mais en créant les conditions pour que les apprenants s’engagent, comprennent et osent agir.
L’IA bouleverse la formation, mais elle crée aussi un risque réel pour le métier
Nous l’avons vu en introduction, l’intelligence artificielle a profondément transformé la préparation des formations. Le gain de temps est indéniable. Et il serait illusoire de penser que l’on peut, en 2026, se passer durablement de ces outils. Les formateurs qui refusent l’IA prennent un risque réel face à ceux qui l’utilisent déjà pour préparer plus vite et répondre à des contraintes de plus en plus fortes.
Mais cette efficacité cache un écueil.
À mesure que la production de contenus devient simple et rapide, la formation peut glisser vers une logique de diffusion. Les supports se ressemblent, les plans s’uniformisent, les exemples deviennent génériques. Le formateur n’est plus celui qui construit, mais celui qui déroule.
Sur le terrain, les effets sont visibles. Des formations propres, bien structurées, mais peu incarnées. Des contenus corrects, mais interchangeables. Et surtout, une baisse progressive de l’attention et de l’engagement des apprenants, qui reconnaissent des formats déjà vus et peinent à se sentir concernés.
Le paradoxe est là. Plus l’IA produit vite, plus le formateur doit être capable de montrer ce qu’il apporte d’unique. Non pas en ajoutant davantage de contenus, mais en donnant du sens, en adaptant, en reliant ce qui est présenté à la réalité du groupe.
Question à se poser
Quand une formation repose principalement sur des supports générés automatiquement, qu’est-ce qui fait encore la différence pour les participants ?
Le contenu… ou la manière dont il est vécu ?
C’est souvent ici qu’émerge une objection légitime : « Si l’IA peut produire des supports plus vite, parfois mieux structurés que moi, pourquoi a-t-on encore besoin d’un formateur ? »
La réponse est simple. Plus besoin aujourd’hui d’un formateur pour accéder à de l’information. L’IA le confirme. En revanche, on a toujours besoin d’un formateur pour transformer cette information en compétence, en prise de conscience et en capacité d’agir.
La menace ne vient donc pas de l’IA elle-même. Elle vient d’un usage qui réduit le formateur à un rôle de diffuseur. Et c’est précisément ce déplacement du rôle, du contenu vers l’expérience vécue, qu’il est essentiel de comprendre pour rester formateur en 2026.
La valeur du formateur ne réside plus dans le contenu, mais dans l’expérience vécue par les apprenants
L’intelligence artificielle a rendu la connaissance accessible partout. Un contenu, même complexe, peut être expliqué, structuré et reformulé en quelques secondes. Dans ce contexte, l’expertise technique du formateur reste nécessaire, mais elle n’est plus, à elle seule, ce qui fait la différence.
Le cœur du métier ne disparaît pas. Il se déplace.
Aujourd’hui, la valeur du formateur se situe moins dans ce qu’il sait que dans ce qu’il fait vivre. Là où l’IA produit de l’information, le formateur crée un cadre d’apprentissage. Il transforme un contenu en expérience et une information en compétence.
Sur le terrain, cette différence est tangible. Une IA ne voit pas un visage qui se ferme, une hésitation dans une prise de parole, un silence qui en dit long. Elle ne perçoit pas qu’un groupe a besoin de ralentir, de pratiquer davantage ou d’échanger plutôt que d’enchaîner un exercice prévu au programme.
Le formateur, lui, observe. Il ajuste en temps réel. Il reformule différemment, change d’exemple, propose une mise en situation, ouvre un espace d’échange. Il régule la dynamique du groupe, sécurise l’erreur et crée les conditions nécessaires pour que chacun ose s’engager. C’est aussi là que se joue la gestion des émotions et des résistances. Une évaluation, une certification, un changement de pratique peuvent générer du stress, des blocages ou des oppositions. Le formateur les accueille, les met en mots, les travaille avec le groupe. Cette intelligence relationnelle reste profondément humaine.
Ce que l’IA ne sait pas faire
- Lire une expression et comprendre qu’une notion n’est pas acquise.
- Sentir qu’un groupe est saturé et qu’une pause s’impose.
- Repérer une résistance et la transformer en discussion constructive.
- Créer un climat de confiance où l’on peut se tromper sans jugement.
C’est dans ces micro-ajustements que l’apprentissage prend corps.
Cette évolution explique en partie le retour en force du présentiel et des formats hybrides. Les organisations redécouvrent que l’apprentissage ne repose pas uniquement sur la qualité d’un contenu, mais sur la relation, l’interaction et l’expérience vécue ensemble. Le groupe devient un levier d’apprentissage à part entière, à condition qu’un formateur en soit le catalyseur.
Dans ce contexte, le rôle du formateur évolue. Il devient facilitateur de la vie du groupe, coach pédagogique, designer d’expériences d’apprentissage. Il aide à faire le tri dans l’abondance de contenus disponibles, hiérarchise, donne du sens et relie les notions aux situations réelles des participants.
Exemple concret
Un module e-learning généré par IA peut être très bien conçu. Les notions sont claires, les supports structurés, les quiz pertinents.
Pourtant, la progression réelle apparaît souvent lorsque quelqu’un accompagne le groupe : quand les participants peuvent poser leurs questions, partager leurs expériences, s’entraîner, recevoir un feedback et comprendre comment appliquer concrètement ce qu’ils ont vu.
Ce n’est pas le contenu qui change, c’est l’expérience autour du contenu.
Le formateur donne aussi une identité à la formation. Pas nécessairement sa propre personnalité, mais une identité propre à ce groupe, à ce moment-là, dans ce contexte précis. Il transforme une suite de séquences en une expérience partagée, mémorable et utile.
C’est précisément sur ce terrain que l’IA atteint ses limites. Elle peut imiter des formes, proposer des structures, suggérer des activités. Mais elle ne vit pas la formation. Elle ne partage pas l’expérience avec les apprenants. Et c’est là que se loge aujourd’hui la valeur essentielle du formateur.
Comment rester un formateur irremplaçable en 2026 malgré (et grâce à) l’IA
En 2026, la question n’est plus de savoir s’il faut utiliser l’intelligence artificielle. Elle est déjà là, intégrée dans de nombreux outils, et elle continuera d’évoluer. L’enjeu est ailleurs : la place que le formateur lui donne.
Utilisée comme pilote, l’IA appauvrit le métier. Utilisée comme assistant, elle peut au contraire renforcer la valeur du formateur.
La première étape consiste à l’employer là où elle est réellement utile.
Recherche d’idées, aide à la structuration, reformulation, création de scénarios ou de variantes pédagogiques : l’IA peut dégrossir, proposer, ouvrir des pistes. Elle fait gagner du temps sur des tâches nécessaires mais peu différenciantes.
Ce temps libéré doit être réinvesti là où aucune machine ne peut se substituer au formateur : la préparation fine de l’animation, l’analyse des publics, la conception d’expériences d’apprentissage adaptées au terrain.
Mettre l’IA à la bonne place
L’IA peut vous aider à préparer plus vite. Elle ne doit jamais décider à votre place de ce qui est essentiel, de ce qui mérite d’être approfondi, ni de la manière dont le groupe va apprendre.
La maîtrise du contenu reste indispensable. Mais c’est la maîtrise de la situation pédagogique qui fait la différence.
Rester irremplaçable implique aussi de renforcer volontairement les compétences que l’IA ne copie pas. Créer un climat de confiance, écouter sans juger, analyser finement ce qui se joue dans un groupe, accompagner un participant en difficulté, gérer une résistance, ajuster une posture : ces compétences relationnelles et pédagogiques deviennent centrales.
Cela suppose aussi un travail sur soi. Un formateur aligné, clair sur ses intentions et sur ses valeurs, sécurise naturellement un groupe. À l’inverse, un formateur en décalage avec ce qu’il transmet le rend visible très vite. En formation, on peut tricher quelques minutes, rarement plus longtemps.
Exemple concret
Un formateur utilise l’IA pour générer une trame de formation, des scénarios de mise en situation et une première version de supports. Le temps gagné n’est pas consacré à produire plus de contenus, mais à :
- préparer des ateliers adaptés au public,
- anticiper les résistances possibles,
- réfléchir aux questions à poser,
- prévoir des temps d’analyse collective et de feedback.
Résultat : les supports servent de base, mais la formation devient vivante, ancrée dans le réel et réellement engageante.
Cette évolution amène aussi à faire bouger son identité professionnelle. Se définir uniquement comme “expert de contenu” n’est plus suffisant. L’expertise est accessible, documentée, parfois automatisée. En revanche, la capacité à créer une expérience d’apprentissage utile et mémorable reste rare.
Le formateur devient alors un créateur d’expérience. Il construit des parcours où les participants pratiquent, échangent, expérimentent, analysent et repartent avec des repères concrets. Ateliers, mises en situation, retours terrain, codéveloppement : ces modalités redonnent de la profondeur à l’apprentissage et permettent un réel transfert dans les pratiques.
À tester dès votre prochaine formation
Identifiez une séquence que vous pourriez simplifier grâce à l’IA. Puis utilisez le temps gagné pour :
- faire pratiquer davantage,
- organiser un retour d’expérience collectif,
- accompagner plus finement les participants.
L’outil accélère. C’est votre posture qui transforme.
Et maintenant, quelle posture choisissez-vous ?
L’avenir du métier de formateur ne se jouera pas dans la course aux outils.
Il se jouera dans la posture. Dans la capacité à rester présent, attentif, engagé, tout en intégrant intelligemment des technologies qui évoluent vite.
Les formateurs ne vont pas disparaître. Mais le métier, lui, ne peut plus s’exercer comme avant. Ceux qui continueront à faire la différence seront ceux qui mettront l’humain au centre, qui utiliseront l’IA pour se libérer du temps, jamais pour se remplacer. Ceux qui feront de la formation un espace vivant, relationnel, exigeant et utile.
Cette transformation ne se traverse pas seul. Elle pose des questions de pratiques, d’identité professionnelle, de sens. Elle demande du recul, des échanges, des retours d’expérience. Autrement dit : du collectif.
C’est dans cet esprit que Compétences Prévention a lancé sa communauté de formateurs. Un espace pour avancer ensemble, partager ce qui fonctionne, questionner ce qui évolue, rester à jour et continuer à exercer ce métier avec cohérence et humanité.
Vous souhaitez échanger sur vos usages de l’IA, vos pratiques pédagogiques, vos doutes ou vos réussites ? Vous voulez faire évoluer votre posture de formateur et renforcer votre capacité à créer de véritables expériences d’apprentissage ?
Rejoignez la communauté, ou approfondissez ces enjeux à travers nos formations dédiées aux formateurs. Parce que la technologie peut amplifier ce que vous faites, mais c’est votre posture qui donne du sens à ce que vous transmettez.

Rubrique FormateurS de formateur
Former des formateurs :
un métier à part
Par Florent Ledieu, responsable du pôle formateurs de Compétences Prévention
Former, c’est transmettre. Mais former des formateurs, c’est encore autre chose. C’est transmettre “comment transmettre”. C’est accompagner celles et ceux qui, à leur tour, accompagneront d’autres professionnels. (…)
Ceux qui font la communauté
Dans cette rubrique, nous mettons en lumière celles et ceux qui font vivre la communauté. Vous pouvez nous partager un parcours inspirant, une situation rencontrée en formation, une bonne pratique qui fonctionne, ou même une difficulté que vous avez surmontée et qui pourrait aider d’autres formateurs.
Votre expérience peut éclairer, rassurer, inspirer… et donner envie à d’autres d’oser partager à leur tour.

"Transmettre, ce n'est pas réciter un contenu, c'est partager ce qu'on a sur le cœur, sans tricher."
Régis, formateur référent en bientraitance et gérontologie
"Parler le même langage que ses stagiaires n'a jamais été aussi essentiel."
Marine, formatrice SST et PRAP

"Former en 2026, ce n’est plus seulement transmettre un savoir. C’est créer les conditions pour que l’autre ose agir."
Alain, formateur de formateurs et expert en ingénierie pédagogique
Si vous souhaitez apparaître dans le prochain numéro, envoyez-nous vos idées, vos histoires et vos propositions.

Je veux partager mon expérience
Former des formateurs : un métier à part

Former, c’est transmettre. Mais former des formateurs, c’est encore autre chose. C’est transmettre “comment transmettre”. C’est accompagner celles et ceux qui, à leur tour, accompagneront d’autres professionnels. Un rôle exigeant, passionnant, parfois discret, mais absolument essentiel pour faire vivre un réseau de formation dans la durée.
Chez Compétences Prévention, les formateurs de formateurs interviennent dans une grande diversité de domaines. La prévention des risques liés à l’activité physique occupe une place importante, mais ce rôle s’exerce aussi en sécurité et en secourisme, en management et en communication, en QVCT et en prévention des RPS, en gérontologie et en soins, en bien-être au travail ou encore en développement personnel. Autant de terrains différents, autant de réalités professionnelles, mais un même objectif : accompagner des formateurs dans leurs premiers pas, dans leurs évolutions, dans leurs questionnements et parfois dans leurs remises en question.
Depuis 2024, cette dynamique a pris une forme très concrète avec la création d’une première TeamFoFo. Encore largement orientée autour des thématiques de la prévention, cette équipe s’est déjà réunie à plusieurs reprises. Ces temps partagés ont permis de croiser les pratiques, de co-construire des outils pédagogiques, d’harmoniser certaines approches, mais aussi de vivre des moments conviviaux. Parce que travailler sérieusement n’empêche pas de cultiver le plaisir d’être ensemble, bien au contraire.
Cette première expérience a confirmé une conviction forte : cette dynamique mérite de grandir. L’ambition n’est pas de rester sur un seul périmètre, mais bien d’élargir progressivement ces collectifs. D’autres TeamFoFo pourraient ainsi voir le jour dans le secourisme, la QVCT, le management, la communication ou toute autre thématique où le besoin se fait sentir. L’idée est simple : permettre à chaque domaine de s’appuyer, à terme, sur un groupe de pairs capables d’accompagner, de transmettre et de faire évoluer les pratiques des formateurs du réseau.
Car le rôle des formateurs de formateurs est central. Ils sont des repères pour les nouveaux arrivants, des soutiens pour celles et ceux qui souhaitent évoluer, des garants de la cohérence pédagogique et de la qualité des formations. Ils contribuent à maintenir une exigence commune, une culture partagée et un esprit collectif qui font la force de Compétences Prévention. Sans eux, il serait difficile de faire grandir le réseau sans en diluer l’identité.
Dans ce cadre, le rôle du Pôle Formateurs est avant tout un rôle de catalyseur. Il s’agit de créer les conditions pour que ces dynamiques existent, de relier les personnes entre elles, de proposer des espaces d’échange, d’outiller les pratiques et de soutenir les initiatives. L’enjeu n’est pas de diriger, mais d’accompagner, de faciliter et de mettre en mouvement. Les formateurs de formateurs sont au cœur du développement du réseau ; le travail du pôle consiste à leur permettre de jouer pleinement ce rôle de passeurs et d’accompagnateurs.
Cette rubrique s’inscrit dans cette logique. Elle se veut un espace d’expression et de partage. On y trouvera des retours d’expérience, des anecdotes de terrain, des réflexions pédagogiques, des pratiques inspirantes, mais aussi des questionnements, des idées ou des coups de cœur. Tout ce qui peut nourrir la communauté, enrichir les pratiques et faire grandir celles et ceux qui transmettent… à ceux qui transmettent.
« Transmettre, ce n’est pas réciter un contenu, c’est partager ce qu’on a sur le cœur, sans tricher. »
Formateur référent en bientraitance et gérontologie chez Compétences Prévention, Régis Lacour incarne une certaine idée du métier de formateur : un métier profondément humain, où la posture compte autant que les contenus transmis. Ancien aide-soignant, il accompagne depuis plus de vingt ans des professionnels du soin et de l’accompagnement, avec une conviction forte : on ne forme pas seulement avec des outils et des méthodes, mais avec une attitude, une présence et une sincérité.
À l’heure où le métier de formateur évolue rapidement (nouvelles attentes des apprenants, transformations des pratiques, place croissante du numérique), Régis rappelle l’essentiel. Pour lui, ce qui fera la différence en 2026 ne sera pas tant le savoir ou le savoir-faire, que le savoir-être : cette capacité à écouter, à s’adapter, à respecter les personnes et à créer un climat de confiance propice à l’apprentissage.
À travers cet entretien, il partage une vision exigeante et engagée du métier : un formateur capable de s’ajuster aux publics, aux contextes et aux évolutions, sans jamais perdre de vue l’essentiel : l’humain.
Régis, tu peux nous raconter ton parcours en quelques mots ? Qu’est-ce qui t’a naturellement amené vers la bientraitance et la gérontologie ?
R L : J’ai un parcours un peu atypique. Avant de me tourner vers le secteur médico-social, j’ai longtemps travaillé dans l’industrie. À la suite d’une maladie professionnelle, j’ai dû repenser entièrement ma trajectoire. C’est ce qui m’a conduit vers le métier d’aide-soignant.
J’ai suivi ma formation à Font-Romeu, dans les Pyrénées, avant de rejoindre un hôpital local en Dordogne, où j’ai travaillé de nuit. Très vite, j’ai suivi une formation en « activation et gériatrie », et c’est là que j’ai rencontré Xavier Romero.
Nous avons tout de suite accroché. Il m’a proposé de devenir formateur, c’était il y a plus de vingt ans. J’ai alors suivi la formation de formateur à Bergerac avec lui. À cette époque, Xavier développait avec son équipe un jeu pédagogique sur la prévention des chutes : Perkichute. J’ai eu la chance de participer à cette belle aventure.
Nous avons travaillé près d’un an sur ce projet autour de la chute chez la personne âgée, un sujet essentiel qui me tenait et me tient toujours particulièrement à cœur.
Peu après, Xavier a fondé Compétences Prévention, et j’ai embarqué dans l’aventure. Ensemble, nous avons continué à faire évoluer les formations, toujours avec la même conviction : la bientraitance et la prévention auprès des personnes âgées doivent rester au centre de nos pratiques.
Au fil des années, nous avons développé de nouveaux outils, comme le simulateur de vieillissement, qui nous a permis d’aller encore plus loin dans la sensibilisation et la compréhension du vécu des personnes âgées.
C’est un parcours riche, fait de rencontres, d’expérimentations et de passion, une passion partagée pour la prévention, la transmission et la dignité de la personne âgée.
“En 2026, les apprenants attendent un formateur présent, attentif, authentique. Quelqu’un qui sait créer un climat de confiance.”
Selon toi, en 2026, qu’est-ce qui fera la différence entre un bon formateur et un formateur qui marque vraiment les gens ? Et toi, tu sens quoi comme nouvelles attentes chez les apprenants ?
R L : Le savoir, tout le monde peut l’acquérir. Le savoir-faire se construit avec le temps, l’expérience et la pratique. Mais le savoir-être, lui, ne s’enseigne pas vraiment : il se cultive, il s’entretient, il se travaille au quotidien.
Et c’est précisément là que se fait, selon moi, la différence entre un bon formateur et un formateur vraiment impactant. L’attitude, la posture, la façon d’entrer en relation avec un groupe, l’attention portée aux personnes tout au long de la formation… tout cela compte autant, voire plus, que le contenu lui-même.
En 2026, les apprenants attendent un formateur présent, attentif, authentique. Quelqu’un qui sait créer un climat de confiance, adapter son comportement, sentir ce qui se joue dans le groupe.
Parce qu’au final, une formation réussie ne repose pas uniquement sur ce que l’on transmet, mais sur la manière dont on le transmet et sur la qualité de la relation humaine que l’on construit.
“En 2026, le formateur qui évolue est celui qui sait ajuster sa pédagogie en permanence, rester curieux, ouvert et capable de remettre en question ses pratiques.”
Si tu devais citer une compétence qui devient indispensable pour continuer à évoluer comme formateur, ce serait laquelle ? Même une compétence “pas forcément attendue”.
R L : S’il ne fallait en retenir qu’une, ce serait sans hésiter la capacité d’adaptation. Adaptation aux publics, d’abord, qui sont de plus en plus variés, exigeants et conscients de leurs besoins. Adaptation aux évolutions des métiers rencontrés en formation, ensuite, car les réalités de terrain changent vite. Et adaptation aux nouvelles technologies, enfin, non pas pour les utiliser à tout prix, mais pour savoir quand et comment les intégrer de façon pertinente.
En 2026, le formateur qui évolue est celui qui sait ajuster sa pédagogie en permanence, rester curieux, ouvert et capable de remettre en question ses pratiques pour rester en phase avec son époque… et avec les personnes qu’il accompagne.
“Une formation ne peut être efficace sans une relation humaine de qualité.”
Quand on parle d’innovation pédagogique, qu’est-ce qui pourrait vraiment changer ta façon de former en 2026 ?
R L : Au-delà de toutes les innovations pédagogiques possibles, qu’elles soient techniques, ludiques ou méthodologiques, certaines valeurs resteront incontournables. L’écoute, la tolérance et le respect ne sont pas des options : ce sont des piliers du métier de formateur.
Même avec les meilleurs outils, les dispositifs les plus innovants ou les méthodes les plus avancées, une formation ne peut être efficace sans une relation humaine de qualité. Pour rester un formateur compétent, il faut avant tout savoir écouter, comprendre et respecter les personnes que l’on accompagne.
Qu’est-ce qui t’a donné envie de transmettre, plutôt que de rester uniquement dans l’accompagnement sur le terrain ?
R L : Transmettre, ce n’est pas seulement partager des connaissances. Ce qui compte vraiment, c’est de transmettre la passion, l’amour du métier, le respect de la personne âgée, cette envie profonde de faire autrement.
Pour moi, la transmission, c’est avant tout une question de valeurs. C’est montrer qu’on peut travailler différemment : avec écoute, bienveillance, et conscience de ce que vit la personne accompagnée.
Quand je suis devenu formateur de formateurs, c’était ça mon moteur : faire passer cette flamme. Donner envie à d’autres professionnels de s’engager, de se questionner, de continuer à apprendre, mais surtout de mettre du cœur dans leur pratique.
C’est ce que j’essaie de transmettre depuis le début de ma carrière : cette conviction que la bientraitance ne s’enseigne pas seulement, elle se vit.
Selon toi, pourquoi le respect, l’écoute, l’empathie (et tout ce qu’on met derrière la bientraitance) sont devenus un enjeu majeur dans les établissements de santé et médico-sociaux ?
R L : La bientraitance, c’est un enjeu de société, pas seulement de structure. Qu’on soit en établissement, à domicile ou même simplement en contact avec une personne âgée, tout commence par le respect et l’écoute.
Une personne âgée, c’est un livre qui se ferme quand elle disparaît. Ce sont nos mémoires, nos repères, nos anciens, ceux qui ont bâti la société dans laquelle on vit aujourd’hui. On leur doit cette attention, cette reconnaissance.
Chez Compétences Prévention, nous travaillons au cœur de cette réalité. À travers le PRAP, le simulateur de vieillissement ou encore les formations que nous proposons, nous essayons de faire comprendre ce que vit la personne âgée au quotidien : les difficultés de mobilité, la perte de repères, les troubles sensoriels… Ces expériences permettent de développer une vraie empathie, de se mettre à la place de l’autre pour mieux adapter ses gestes et son attitude.
Je n’aime pas trop le mot bientraitance, parce qu’il évoque tout de suite son contraire. Je préfère parler de respect, d’écoute et d’empathie. C’est tout cela que nous essayons de transmettre dans nos formations : comprendre avant d’agir, ressentir avant de juger.
Je me souviens d’un exercice marquant, lors d’une session sur la bientraitance : les participants devaient lire le journal en portant un simulateur de tremblement et de cataracte. Impossible d’y arriver. Et c’est là qu’ils ont compris, concrètement, ce que vit une personne âgée au quotidien, combien les gestes les plus simples peuvent devenir de vrais défis.
Finalement, la bientraitance, c’est avant tout une histoire d’humanité. Nous avons tous autour de nous des parents, des grands-parents, des proches âgés. Ils ont pris soin de nous, et c’est à notre tour d’en prendre soin.
C’est un juste retour, mais c’est aussi une passion : celle de s’occuper des autres avec cœur, patience et respect.
“Ce qui fait vraiment la différence, c’est le savoir-être : la capacité à écouter, à observer, à ressentir ce que vit l’autre.”
Toi, comment tu fais pour que tes formations restent vivantes, concrètes, et vraiment connectées aux réalités du terrain (qui sont souvent dures dans ce secteur) ?
R L : Pour moi, une formation vivante, c’est avant tout une formation sincère. Transmettre, ce n’est pas réciter un contenu, c’est partager ce qu’on a sur le cœur, sans tricher.
Le savoir-faire, tout le monde peut l’acquérir avec du travail. Mais ce qui fait vraiment la différence, c’est le savoir-être : la capacité à écouter, à observer, à ressentir ce que vit l’autre.
Dans mes formations, j’essaie d’être au plus près des gens. D’être là, vraiment là, à l’écoute de leurs questions, de leurs doutes, de leurs réalités de terrain. C’est cette proximité qui rend la formation concrète et humaine. Les participants sentent quand on est vrai, quand on parle avec passion et avec respect. C’est ça qui les touche, et c’est ça qui donne envie de s’impliquer.
Finalement, on revient toujours au même point : on ne peut pas faire ce métier si on n’aime pas profondément les autres. C’est cette relation à l’autre, cette attention sincère, qui donne tout son sens à la formation.
Tu peux nous partager une situation marquante vécue en formation ? Un moment où il y a eu une vraie prise de conscience, un déclic, un changement de posture…
R L : J’en ai des dizaines, peut-être des centaines… mais s’il faut en choisir une, il y en a une qui m’a particulièrement touché. C’était lors d’une formation de formateurs, avec un petit groupe de sept ou huit stagiaires.
Comme toujours, on commence par un tour de table : chacun se présente, parle de son parcours.
Et puis vient le tour d’une participante, cadre supérieur de santé. En prononçant ces mots, elle s’est mise à pleurer. À ce moment-là, j’ai compris qu’il se passait quelque chose de plus profond, quelque chose qui dépassait la simple formation.
Alors, on a pris le temps. On a écouté, on a accompagné. Quelques mois plus tard, cette personne avait changé de vie. Elle s’est reconvertie, elle travaille aujourd’hui avec nous chez Compétences Prévention. Et ça, pour moi, c’est une immense fierté.
Ce genre d’histoire, c’est ce qui me porte. Oui, la formation, c’est du savoir, du contenu, des outils… mais c’est aussi des rencontres qui transforment, des prises de conscience, des parcours de vie. Et moi, dans tout ça, je n’ai eu que de belles rencontres. C’est ce qui rend ce métier magique.
“Être formateur, un métier qui demande du travail, de la remise en question et beaucoup d’humilité.”
Quel message tu aimerais faire passer à un formateur qui a envie de se lancer sur ces sujets-là, mais qui se demande s’il est “légitime” ?
R L : Avant tout, il faut aimer les autres. C’est la base de tout. Peu importe l’âge, l’apparence ou la condition de la personne : ce qui compte, c’est d’aimer l’être humain tel qu’il est. La bientraitance commence là, dans cette capacité à se mettre à la place de l’autre, à comprendre ce qu’il ressent.
Être formateur, ce n’est pas seulement transmettre des connaissances. C’est aussi savoir faire passer une émotion, une conviction, une posture. Et ça, ça ne s’improvise pas. C’est un vrai métier, un métier qui demande du travail, de la remise en question, et beaucoup d’humilité.
Le cœur du rôle du formateur, c’est le savoir-être. Savoir accueillir un groupe qu’on ne connaît pas, écouter sans juger, accompagner sans imposer. Donner envie d’apprendre, créer un climat de confiance, encourager la progression.
Chaque formation a un objectif : faire évoluer les pratiques, changer les regards, ouvrir des perspectives. Mais avant tout, il faut se poser une question simple : “Qu’est-ce que j’ai envie de transmettre ?” Quand on a la réponse à ça, le reste suit naturellement. Parce que la bientraitance, ce n’est pas un thème parmi d’autres, c’est une manière d’être, de travailler et de former.
Quand tu te projettes, tu vois comment évoluer le rôle du formateur en gérontologie dans les années à venir ?
R L : Le rôle du formateur en gérontologie va devenir de plus en plus essentiel dans les années à venir. Le vieillissement de la population est une réalité : nous vivons plus longtemps, et les besoins d’accompagnement ne cessent de croître. Mais cette évolution demande aussi une vraie prise de conscience collective et politique. Les établissements de santé et médico-sociaux doivent désormais intégrer la prévention, la formation et la professionnalisation au cœur de leur fonctionnement.
Les formateurs PRAP, acteurs de prévention et accompagnants spécialisés auront un rôle clé à jouer. Pourquoi ? Parce qu’il faut aujourd’hui être présent dans tous les milieux : les établissements, bien sûr (EHPAD, hôpitaux, cliniques) mais aussi au domicile, où la majorité des personnes âgées souhaitent rester le plus longtemps possible.
Ces deux univers sont très différents. En structure, on parle de protocoles, de travail en équipe, de coordination. À domicile, c’est autre chose : la présence des familles, les conditions matérielles, les émotions. Le formateur doit donc apprendre à naviguer entre ces deux réalités, à comprendre leurs spécificités, leurs besoins et leurs contraintes. C’est pour cela qu’il faut une double compétence :
- une solide connaissance de la personne âgée et de son environnement,
- et une compréhension fine du matériel, des gestes, des pratiques adaptées à chaque contexte.
Mais être formateur en gérontologie, ce n’est pas réservé aux soignants.
Il n’est pas nécessaire d’être infirmier ou ergothérapeute pour transmettre.
Ce qu’il faut, c’est une vraie connaissance du terrain, une écoute attentive et surtout l’envie sincère de partager. Parce qu’au fond, les besoins sont immenses. Les équipes ont besoin de repères, de professionnalisation, mais aussi de sens. Et c’est là que nous, formateurs, avons toute notre place : pour accompagner, outiller et redonner de la fierté à ceux qui prennent soin.
Alors oui, le rôle du formateur en gérontologie va évoluer. Mais il n’aura jamais été aussi utile. Et j’ai envie de dire à tous ceux qui hésitent : « Venez nombreux ! Ce métier a besoin de vous et les publics que vous accompagnerez aussi. »
« Parler le même langage que ses stagiaires n’a jamais aussi été essentiel »
À l’heure où le métier de formateur évolue vite, où les attentes des apprenants se transforment et où les outils se multiplient, une question revient sans cesse : qu’est-ce qui fera vraiment la différence en 2026 ? L’expertise seule ne suffit plus. Ce sont la présence, le vécu, la capacité à créer du lien et à faire vivre une expérience qui redonnent toute sa valeur au rôle du formateur.
Marine Dumolié incarne pleinement cette évolution du métier. Forte de près de vingt ans d’expérience dans le secteur du soin, elle a exercé comme aide-soignante avant de découvrir, presque par hasard, la formation. Ce qui n’était au départ qu’une mission ponctuelle est devenu une évidence : transmettre, accompagner et donner du sens à la prévention, au plus près des réalités du terrain.
Aujourd’hui formatrice en prévention des risques professionnels et en gestes de premiers secours, elle forme des soignants comme des personnels non-soignants, avec une approche profondément humaine. Son fil conducteur reste le même : s’appuyer sur l’expérience vécue, écouter les stagiaires et parler leur langage pour rendre l’apprentissage concret, vivant et utile.
Tu peux nous raconter ton parcours, et ce qui t’a donné envie de devenir formatrice en prévention des risques professionnels ?
M D : Je travaille dans le secteur du soin depuis près de vingt ans. J’ai exercé comme aide-soignante dans différents établissements : surtout en gérontologie et dans le handicap, un domaine dans lequel je me suis investie pendant plus de douze ans.
Pendant longtemps, la formation était une activité secondaire : j’étais avant tout aide-soignante, et je formais ponctuellement. Aujourd’hui, c’est l’inverse, la formation est devenue mon métier principal.
L’aventure a commencé un peu par hasard. Lors d’une formation de secourisme, on m’a proposé de devenir formatrice en SST, car il manquait des intervenants dans l’association où je travaillais. Mon expérience du terrain a facilité les choses, et, de fil en fil, nous avons constitué une petite équipe de formateurs. Très vite, on nous a encouragés à nous spécialiser dans la prévention des risques professionnels.
Ce qui n’était pas prévu au départ est devenu une véritable vocation. Ce métier me passionne, car il complète parfaitement mon parcours d’aide-soignante. Aujourd’hui, j’interviens principalement sur la prévention des risques professionnels en milieu soignant auprès d’aides-soignants, d’infirmiers, d’ergothérapeutes, mais aussi de personnels non-soignants comme les agents d’entretien, les cuisiniers ou le personnel d’hôtellerie. Tous sont concernés par les risques inhérents aux établissements de santé.
“ Les apprenants cherchent un formateur qui crée du lien, qui s’adapte, qui rend l’apprentissage concret et engageant.”
Selon toi, en 2026, qu’est-ce qui fera la différence entre un bon formateur… et un formateur qui marque vraiment les gens ? Et tu sens quoi, aujourd’hui, comme nouvelles attentes chez les apprenants ?
M D : Pour moi, un “bon formateur” maîtrise son déroulé, ses outils et sa pédagogie. Il connaît ses contenus et sait transmettre avec clarté. Mais un formateur vraiment impactant va plus loin : il parle d’un sujet qu’il a vécu, qu’il a expérimenté sur le terrain. Il écoute réellement ses stagiaires. Il apprend d’eux. Il fait de chaque session un espace vivant où l’on construit ensemble.
Et, bien souvent, ces deux profils se rejoignent : un bon formateur peut devenir impactant dès lors qu’il met plus de lui, plus de vécu, plus d’écoute dans sa pratique.
Aujourd’hui, les apprenants attendent autre chose qu’un simple transfert de connaissances. Ils veulent des formations vivantes, dynamiques, ancrées dans le réel et riches en échanges. Ils cherchent un formateur qui crée du lien, qui s’adapte, qui rend l’apprentissage concret et engageant.
Quand tu regardes ton métier évoluer, c’est quoi les compétences “nouvelles” (ou un peu inattendues) qui deviennent indispensables pour continuer à progresser ?
M D : Pour continuer à évoluer, le formateur doit rester connecté aux transformations de la société et aux usages numériques. Les attentes des apprenants changent, leurs façons d’apprendre aussi.
Maîtriser plusieurs outils numériques devient essentiel, notamment ceux qui favorisent l’apprentissage ludique et participatif. Ces outils ne remplacent pas le formateur, mais ils enrichissent l’expérience et permettent de varier les formats, de capter l’attention et de dynamiser les échanges.
L’enjeu n’est pas d’accumuler les outils, mais de savoir choisir les bons, au bon moment, pour servir l’apprentissage et renforcer l’engagement du groupe.
Si tu pouvais intégrer une innovation pédagogique dans tes formations, un truc qui pourrait vraiment changer ta façon de former en 2026, tu choisirais quoi ?
M D : Les formats immersifs pourraient clairement transformer ma manière de former. Les escape games ou escape box pédagogiques offrent un impact fort : ils mobilisent l’action, la réflexion collective et l’émotion.
Malheureusement cela coûte plusieurs milliers d’euros à faire réaliser, alors peut-être que je vais me mettre au bricolage ! 🙂
Qu’est-ce qui t’anime le plus aujourd’hui, quand tu animes une session SST ou PRAP ? Qu’est-ce qui te donne envie d’y retourner, même les jours où c’est dense ?
M D : Ce qui m’anime le plus aujourd’hui dans mon métier, c’est de pouvoir apporter des solutions concrètes à des personnes qui n’ont jamais été formées à la prévention des risques.
Quand j’ai débuté comme aide-soignante, j’aurais aimé bénéficier de ce type de formation : cela m’aurait sans doute évité certaines douleurs que je ressens aujourd’hui.
Je rencontre souvent des stagiaires très jeunes qui souffrent déjà de troubles musculosquelettiques, alors que cela ne devrait pas être le cas. Souvent, il suffit d’un peu de méthodologie et de compréhension du corps pour changer les choses durablement.
Ce que j’aime aussi, ce sont les échanges riches et bienveillants qui naissent pendant les sessions. Chacun partage ses expériences, ses difficultés, ses astuces. Ensemble, on cherche à améliorer le quotidien de tous. Et quand je parle du quotidien des professionnels, je pense aussi à celui des personnes dont ils prennent soin : le bien-être de l’un ne va pas sans le bien-être de l’autre.
“Ils sont ravis de suivre ces formations, car on parle enfin d’eux, de leur santé, de leurs gestes, de leur quotidien.”
De ton point de vue, pourquoi la prévention des risques liés à l’activité physique et les gestes de premiers secours sont devenus incontournables, dans les entreprises et les établissements ?
M D : Ces formations répondent à une véritable problématique de terrain et ce sont les stagiaires eux-mêmes, ainsi que les responsables d’établissement, qui le confirment.
Les participants sont souvent ravis de suivre ces formations, car on parle enfin d’eux, de leur santé, de leurs gestes, de leur quotidien. Je leur dis toujours en début de session : « Pendant quelques jours, on va se regarder le nombril ! ». C’est important, car dans les métiers du soin notamment, on a tendance à s’oublier soi-même. Et quand on s’oublie, on finit par fragiliser aussi la qualité de l’accompagnement qu’on offre aux autres.
Du côté des directions et des animateurs prévention, les effets sont concrets : dans certaines structures où une majorité de salariés ont été formés, le taux d’accidents du travail a été divisé par trois. C’est un bénéfice humain évident, mais aussi organisationnel, financier et réglementaire.
En somme, ces formations sont primordiales pour préserver la santé de chacun, réduire les accidents et l’absentéisme, et créer des environnements de travail plus sûrs et plus sereins.
“Ma pédagogie s’est construite sur le terrain, au fil de mes expériences. Je crois qu’elle est avant tout simple, fluide et concrète !”
Quand tu arrives face à un groupe, comment tu fais pour que ça reste simple, concret… et que les bons gestes tiennent dans le temps ?
M D : Je le dis souvent à mes stagiaires : je ne suis pas garante de la durabilité de leurs bons gestes. Comme je leur explique avec humour, « boire ou conduire, il faut choisir » ici, c’est pareil : la formation vous donne les clés, les méthodes, les bons gestes, la bonne posture… mais ensuite, c’est à vous de jouer. Vous repartez avec les outils, à vous de les utiliser.
Concernant ma pédagogie, elle s’est construite sur le terrain, au fil de mes expériences. Je crois qu’elle est avant tout simple, fluide et concrète. Je parle le même langage que mes stagiaires, parce que nous faisons le même métier. On se comprend vite, on se fait confiance.
Sur le terrain, c’est quoi les erreurs les plus fréquentes que tu observes sur les gestes ou les postures… et comment tu aides les équipes à les corriger sans les braquer ?
M D : L’une des erreurs les plus fréquentes que j’observe, c’est que beaucoup de professionnels pensent bien faire, simplement parce qu’ils ne ressentent pas de douleur sur le moment. Pourtant, leurs gestes ou postures ne sont pas adaptés, et cela finit souvent par provoquer des blessures à court, moyen ou long terme.
Ils oublient aussi que leurs gestes ont un impact sur les personnes qu’ils accompagnent. Je leur dis souvent : « Peut-être que toi, tu n’as pas mal en faisant ce mouvement, mais ton résident, lui, ne peut pas toujours exprimer ce qu’il ressent. » Soulever une épaule, mal positionner un appui, cela peut faire mal sans qu’on s’en rende compte.
Ces formations servent justement à développer cette conscience du geste juste, celui qui protège à la fois le professionnel et la personne accompagnée. On travaille beaucoup sur la perception, la posture, la précision des mouvements, pour que les bons réflexes deviennent naturels au quotidien.
“Un simple changement de regard peut transformer une situation.”
Est-ce que tu as un moment, une scène en formation, qui t’a vraiment marquée… et où tu t’es dit : “OK, c’est pour ça que je fais ce métier” ?
M D : Oui, j’ai plusieurs souvenirs marquants, mais l’un d’eux m’a particulièrement touchée. C’était lors d’une formation où une stagiaire, issue du service hôtellerie, me racontait qu’elle avait du mal à transférer un résident d’un fauteuil à un autre. Elle se faisait mal, et elle voyait bien que le résident, un homme de fort gabarit, souffrait aussi pendant la manœuvre.
Je lui ai proposé qu’on fasse le point ensemble. Nous sommes allées voir le résident, je lui ai expliqué qui j’étais, pourquoi j’étais là, et je lui ai demandé s’il acceptait de participer à une mise en pratique. Avec son accord, je lui ai simplement demandé de se lever et il s’est levé tout seul, sans aucune aide.
Une soignante émue, qui connaissait bien ce monsieur, m’a dit : « Je ne savais même pas qu’il pouvait se lever tout seul. » En discutant, on a compris qu’elle ne lui avait tout simplement jamais posé la question.
C’est un exemple fort, qui montre à quel point nos gestes deviennent parfois mécaniques, et comment un simple changement de regard peut transformer une situation.
Pour moi, cette scène illustre parfaitement l’esprit de la prévention : réapprendre à observer, à questionner, à communiquer. Et parfois, redonner de l’autonomie… là où on pensait qu’il n’y en avait plus.
Quand tu recroises des équipes en recyclage ou que tu as des retours des structures, qu’est-ce que tu vois changer concrètement après tes formations ?
M D : J’observe de vrais changements après les formations et je le vois surtout lors des sessions de recyclage, quand je retrouve des salariés déjà formés.
Leur discours, leurs réflexes, leur manière de raisonner ont évolué. Ils me parlent différemment de leurs pratiques, ils se questionnent davantage avant d’agir.
J’ai aussi le retour de plusieurs chefs d’établissement qui me confirment cette évolution. L’une d’elles m’a dit que, depuis la formation, le nombre d’accidents du travail liés à la mobilisation des résidents avait nettement diminué. Et même quand un incident se produit, les salariés ont désormais la bonne réaction, la bonne analyse.
C’est ce que j’aime dans ces formations : la méthodologie ne change pas seulement les gestes, elle change la manière de penser. On passe d’une exécution automatique à une véritable réflexion autour de la prévention et du bien-être au travail.
“Avoir de l’empathie, oui, mais sans en avoir trop, car cela peut parfois brouiller le message ou la posture du formateur”
Humainement, c’est quoi, pour toi, les qualités indispensables pour être un bon formateur en SST et PRAP ?
M D : Pour moi, les qualités essentielles d’un bon formateur, ce sont avant tout l’écoute et le non-jugement. Ce sont deux attitudes indispensables pour créer un climat de confiance avec les stagiaires, leur permettre de s’exprimer librement et d’évoluer.
Je dirais aussi qu’il faut une certaine distance émotionnelle : avoir de l’empathie, oui, mais sans en avoir trop, car cela peut parfois brouiller le message ou la posture du formateur.
Et bien sûr, l’expérience de terrain reste un atout majeur. C’est ce qui permet de parler vrai, d’être concret, et de transmettre des savoirs réellement applicables au quotidien.
Quand tu te projettes dans les prochaines années, tu vois le métier évoluer comment ? Qu’est-ce qui t’inquiète un peu… et qu’est-ce qui te donne de l’espoir ?
M D : Je dirais que le métier de formateur en prévention a encore beaucoup de chemin à parcourir. Ce qui m’anime, ce sont les salariés motivés, ceux qui comprennent pourquoi ils sont là et qui, une fois sensibilisés, ont envie de déplacer des montagnes. Mais parfois, je ressens une forme d’essoufflement, car les moyens ne suivent pas toujours que ce soit en effectif, en temps ou en matériel.
Beaucoup ont envie d’agir, mais ils se heurtent à un manque de ressources concrètes pour mettre en pratique ce qu’ils apprennent. Certains me disent qu’ils n’ont pas le temps de « faire attention à eux », qu’ils doivent aller vite, toujours plus vite. Pourtant, je leur répète souvent : « La prévention, c’est comme apprendre à conduire : au début, on réfléchit à tout, puis ça devient un réflexe. »
Mais dans la précipitation du quotidien, cette gymnastique mentale s’oublie.
Et parfois, il suffirait de peu pour que ça change. Je pense à un établissement où une auto-laveuse est tombée en panne depuis des semaines. Les agents doivent tout faire à la main, avec pour conséquence directe une augmentation des troubles musculosquelettiques. Une simple réparation aurait évité bien des douleurs.
Alors oui, le métier évolue, les consciences progressent, mais il reste encore à donner aux salariés les moyens réels d’agir durablement. C’est sans doute le plus grand défi des prochaines années.
“C’est un métier qui a du sens : on aide concrètement les gens à améliorer leurs conditions de travail, à se protéger, à mieux vivre leur métier.”
Si quelqu’un te dit : “J’hésite à me lancer dans la formation en prévention”… tu lui réponds quoi, avec tes mots à toi ?
M D : Oui, j’encouragerais sans hésiter toute personne à se lancer dans ce métier.
La formation en prévention, c’est avant tout une aventure humaine exceptionnelle. Chaque rencontre est une source d’apprentissage : je croise des professionnels bienveillants, passionnés, avec qui j’aimerais parfois travailler au quotidien tant ils sont inspirants.
C’est un métier profondément riche en échanges. On ne fait pas que transmettre des savoirs, on apprend aussi énormément des stagiaires. Il y a une vraie réciprocité, une transmission de connaissances dans les deux sens.
Et puis, c’est un métier qui a du sens : on aide concrètement les gens à améliorer leurs conditions de travail, à se protéger, à mieux vivre leur métier. C’est valorisant, stimulant, et surtout, c’est une motivation constante pour continuer à “colporter la bonne parole”, comme j’aime le dire.
« Former en 2026, ce n’est plus seulement transmettre un savoir. C’est créer les conditions pour que l’autre ose agir. »
Dans un contexte où le métier de formateur se transforme en profondeur, certaines exigences restent immuables. En secourisme, plus qu’ailleurs, l’impact d’une formation ne se mesure pas à la qualité d’un support ou à la conformité d’un référentiel, mais à un instant précis : celui où un apprenant, confronté à une situation réelle, agit sans hésiter.
Alain Cassassolles incarne cette vision exigeante et profondément humaine du métier. Issu du monde de l’urgence, de la Brigade des Sapeurs-Pompiers de Paris au SAMU où il exerce depuis plus de 35 ans, il a très tôt compris que l’intervention seule ne suffisait pas. Former, transmettre et concevoir des parcours pédagogiques solides sont devenus, pour lui, des leviers essentiels pour sauver des vies.
Formateur de terrain, formateur de formateurs puis expert en ingénierie pédagogique, Alain porte un regard lucide sur l’évolution du métier. Il défend une pédagogie qui engage, qui sécurise et qui responsabilise. Une formation vivante, immersive, adaptée aux profils des apprenants, où la technique ne prend jamais le pas sur le sens, la confiance et l’humain.
À travers cet échange, il partage sa vision d’un formateur impactant : un professionnel capable de faire vivre l’apprentissage, de créer un climat de sécurité psychologique, d’utiliser les innovations pédagogiques avec discernement et de continuer, sans cesse, à se remettre en question.
Alain, tu peux nous raconter ton parcours en quelques mots ? Qu’est-ce qui t’a amené vers l’urgence… puis vers le secourisme et la formation ?
A C : Mon parcours est étroitement lié au monde de l’urgence… et à l’envie de transmettre. J’ai commencé ma carrière à la Brigade des Sapeurs-Pompiers de Paris, avant de rejoindre le Service de Santé des Armées. Très vite, j’ai été plongé dans l’opérationnel, puis dans les secours et soins préhospitaliers, notamment au SAMU où j’exerce depuis plus de 35 ans. Parallèlement, j’ai intégré des équipes pédagogiques nationales, ce qui m’a permis d’affiner mes méthodes, d’ancrer mes pratiques et de développer une véritable expertise en transmission.
“Un formateur impactant en 2026 doit être capable de faire vivre l’apprentissage, d’engager émotionnellement les apprenants et leur donner confiance en leur capacité d’agir.”
Selon toi, en 2026, qu’est-ce qui fera la différence entre un bon formateur… et un formateur qui marque vraiment ? Et toi, tu sens quoi comme nouvelles attentes chez les apprenants ?
A C : En 2026, un bon formateur maîtrisera toujours parfaitement ses contenus et ses référentiels. Mais un formateur vraiment impactant ira bien au-delà de la transmission de connaissances. La différence se fera sur sa capacité à faire vivre l’apprentissage, à engager émotionnellement les apprenants et à leur donner confiance en leur capacité d’agir.
Un formateur impactant saura créer des situations réalistes, provoquer la réflexion, l’erreur constructive, et ancrer durablement les gestes et les comportements. Il devra aussi être capable de personnaliser son approche, de s’adapter aux profils, aux contraintes professionnelles et aux attentes individuelles. En secourisme, l’impact se mesure à un critère simple mais essentiel : le jour où une situation réelle survient, l’apprenant agit, sans hésiter.
“Les apprenants recherchent des échanges, des retours d’expérience, et une pédagogie dynamique qui fait sens avec leur quotidien professionnel ou personnel.”
Quand tu regardes l’évolution du métier, c’est quoi les compétences qui deviennent indispensables pour continuer à progresser comme formateur ? Même celles auxquelles on ne pense pas forcément au départ.
A C : Les apprenants sont aujourd’hui plus exigeants et plus conscients de leur temps. Ils n’attendent plus seulement une formation réglementaire, mais une formation utile, concrète et immédiatement applicable. Ils veulent comprendre le “pourquoi” des gestes, pas seulement le “comment”. Ils recherchent des échanges, des retours d’expérience, et une pédagogie dynamique qui fait sens avec leur quotidien professionnel ou personnel.
On observe aussi une attente forte en matière de bienveillance et de sécurité psychologique : les stagiaires doivent pouvoir poser des questions, se tromper, recommencer, sans jugement. Cette confiance est un levier majeur de l’apprentissage.
Si tu devais citer une innovation pédagogique qui pourrait vraiment faire bouger les lignes d’ici 2026, tu choisirais quoi ?
A C : Les innovations autour de la simulation immersive : réalité virtuelle, scénarios augmentés, mannequins connectés offrent des perspectives extrêmement intéressantes. Elles permettront de confronter les apprenants à des situations complexes, proches du réel, tout en restant dans un cadre sécurisé.
Au-delà des compétences techniques, des qualités comme l’intelligence émotionnelle, la capacité d’écoute et l’adaptabilité deviennent essentielles. Le formateur doit savoir gérer des groupes hétérogènes, des apprenants parfois stressés ou réticents, et créer un climat propice à l’engagement. La maîtrise des outils pédagogiques numériques devient également incontournable : supports interactifs, modules hybrides, suivi des compétences. Mais ces outils ne doivent jamais prendre le pas sur le sens pédagogique.
Enfin, une compétence clé reste la capacité à se remettre en question. Continuer à apprendre, à se former, à actualiser ses pratiques est indispensable pour rester crédible et pertinent.
“Lorsque j’ai vu, concrètement, l’impact d’une formation, un stagiaire qui ose agir, un geste juste, une vie potentiellement sauvée. C’est cette utilité concrète qui donne tout son sens à la transmission.”
Qu’est-ce qui t’a donné envie de transmettre, plutôt que de “faire” seulement ? À quel moment tu t’es dit : “OK, former, c’est aussi une façon de sauver des vies” ?
A C : J’ai été profondément marqué par toutes ces situations où une simple intervention d’un témoin aurait pu changer l’issue pour une victime. Le contraste entre l’importance vitale des premiers gestes et le faible nombre de personnes réellement formées m’a frappé dès mes débuts. Très vite, j’ai compris que mon rôle ne pouvait pas se limiter à intervenir : il fallait aussi apprendre aux autres à intervenir. Et lorsque j’ai vu, concrètement, l’impact d’une formation, un stagiaire qui ose agir, un geste juste, une vie potentiellement sauvée. C’est cette utilité concrète qui donne tout son sens à la transmission.
Au fil des années, cette certitude n’a fait que se renforcer : la formation est un levier puissant pour améliorer la prise en charge des victimes. C’est ce qui m’a naturellement conduit vers la transmission, puis vers le rôle de formateur de formateurs, et enfin vers l’ingénierie pédagogique. Aujourd’hui encore, c’est cette utilité directe et humaine qui donne tout son sens à mon métier.
Selon toi, qu’est-ce qui rend le secourisme indispensable dans les organisations aujourd’hui ? Et qu’est-ce que tu aimerais que les gens comprennent mieux sur “les gestes qui sauvent” ?
A C : Les risques du quotidien sont nombreux et peuvent avoir des conséquences graves lorsque les premiers gestes ne sont pas réalisés rapidement et correctement. Face à cette réalité, la formation joue un rôle essentiel : elle permet de comprendre comment survient un dommage, pourquoi chaque seconde compte et quels réflexes adopter pour protéger une vie.
Beaucoup d’accidents pourraient encore être évités si davantage de personnes connaissaient ces gestes simples mais déterminants. Et demain, n’importe qui peut être confronté à une situation d’urgence, au travail, dans la rue, ou auprès d’un proche.
Se former, c’est donc bien plus qu’un apprentissage technique : c’est une démarche utile, responsable et profondément citoyenne. C’est la certitude d’être prêt à agir lorsque cela compte vraiment. Alors n’hésitez plus : apprenez les gestes qui sauvent.
“J’utilise des mises en situation directement inspirées de situations rencontrées dans ma carrière : cela aide les stagiaires à se projeter.”
Toi, comment tu fais pour que tes formations soient vivantes, qu’elles parlent au terrain… et que les apprenants se sentent capables d’agir pour de vrai ?
A C : Je m’appuie sur toute mon expérience de terrain pour créer des formations vivantes, ancrées dans le réel. J’utilise des mises en situation directement inspirées de situations rencontrées dans ma carrière : cela aide les stagiaires à se projeter et à comprendre immédiatement l’utilité des gestes appris.
J’alterne systématiquement théorie, pratique, ateliers interactifs et échanges afin de maintenir un rythme dynamique et d’ancrer les apprentissages.
Enfin, j’adapte toujours mes contenus au métier, aux contraintes et au niveau de chaque groupe.
Tu peux nous partager un moment marquant vécu en formation ? Un retour, une situation, un déclic… qui t’a rappelé pourquoi transmettre, c’est si important ?
A C : Il y en a tellement… Certainement celui-ci, le retour d’un stagiaire, quelques semaines après une formation. Grâce à ce qu’il avait appris, il a pu prendre en charge une personne en arrêt cardiaque jusqu’à l’arrivée des secours. Son témoignage m’a rappelé que chaque geste transmis peut avoir un impact immense. C’est pour cela que nous faisons ce métier.
“Accepter de continuer à apprendre, à se remettre en question, à rester curieux pour toujours progresser.”
Si tu avais un message à passer à quelqu’un qui veut devenir formateur en secourisme, mais qui mesure aussi le poids de la responsabilité… tu lui dirais quoi ?
A C : Je leur dirais que devenir formateur en secourisme, ce n’est pas seulement enseigner des gestes techniques. C’est transmettre une responsabilité immense : celle de permettre à quelqu’un d’agir au bon moment, parfois de sauver une vie. Cette mission demande de la rigueur, de la passion et un engagement sincère.
Il faut aussi accepter de continuer à apprendre, à se remettre en question, à rester curieux pour toujours progresser. Mais c’est un métier profondément humain, riche en rencontres et porteur de sens. Ceux qui s’y engagent découvrent très vite qu’ils reçoivent autant qu’ils transmettent.
“Former, c’est créer un lien, transmettre une compétence, donner confiance !”
Quand tu te projettes dans les prochaines années, tu vois comment évoluer le rôle du formateur en secourisme ? Qu’est-ce qui va changer… et qu’est-ce qui ne changera jamais ?
A C : Le métier va continuer d’évoluer sous l’effet de nouveaux outils : simulateurs plus réalistes, modules digitaux, innovations pédagogiques, exigences réglementaires renforcées… L’ingénierie pédagogique prendra une place de plus en plus centrale pour concevoir des parcours à la fois efficaces, modernes et engageants. Mais malgré ces évolutions, une chose ne changera jamais : la place de l’humain. Former, c’est créer un lien, transmettre une compétence, donner confiance. Et cela, aucune technologie ne le remplacera !

Quoi de neuf chez Compétences Prévention ?
Chez Compétences Prévention, vous connaissez nos formations, nos formateurs… mais moins celles et ceux qui travaillent en coulisses pour faire vivre le réseau au quotidien. Cette rubrique vous ouvre les portes de l’organisme : portraits, interviews, métiers, petites histoires et grandes missions. Un espace pour découvrir l’humain derrière la machine, ceux qui accompagnent, organisent et soutiennent chaque jour vos activités de formateur.
Pour inaugurer cette rubrique, nous vous présentons Mylène Launay, chargée d’animation du réseau de formateurs. Son parcours raconte quelque chose d’essentiel : le goût du lien humain, l’envie de faciliter, de connecter, d’accompagner. Mylène est l’un des visages clés de votre quotidien.
Mylène Launay
Chargée d’animation du réseau de formateurs
Elle coordonne les formations, soutient les formatrices et formateurs, anime le réseau et veille à ce que chacun trouve sa place, ses ressources et sa dynamique au sein de Compétences Prévention. L’arrivée de la communauté des formateurs, elle l’attend avec enthousiasme : c’est un outil supplémentaire pour faire vivre ce collectif auquel elle tient tant.
Dans ses mots, un message vous est adressé : « Posez des questions, partagez ce que vous vivez, osez contribuer : cette communauté est la vôtre. »
Quel a été ton parcours avant de rejoindre Compétences Prévention ?
M L : Avant de rejoindre Compétences Prévention, j’ai suivi des études dans le secteur sanitaire et social, un domaine profondément tourné vers l’humain. Mes premières expériences en crèche, en école maternelle et en centre de rééducation fonctionnelle m’ont permis de développer une vraie sensibilité à l’accompagnement, à l’écoute et au soutien des publics.
Par la suite, je me suis orientée vers le métier d’assistante commerciale au sein d’une entreprise familiale de paysage. Après la fermeture de l’entreprise, j’ai intégré une école du numérique en tant qu’assistante relation entreprise, avant de poursuivre comme assistante commerciale et de direction dans un cabinet spécialisé dans le financement de l’innovation.
Dans l’ensemble de ces expériences, le point commun est toujours resté le même : la relation humaine, l’envie de faciliter les échanges, de soutenir, d’organiser et de créer du lien. C’est naturellement que j’ai rejoint Compétences Prévention, où je retrouve cette dimension humaine forte, avec en plus une mission tournée vers l’accompagnement, la montée en compétences et l’animation d’un réseau de formateurs. Une suite logique dans un parcours où l’humain reste au centre de mes motivations.
Comment décrirais-tu ton rôle au quotidien auprès des formatrices et formateurs de Compétences Prévention ?
M L : J’assure la coordination des actions de formation, et j’anime le réseau de formateurs, le but étant de favoriser les échanges, le partage de pratiques et la montée en compétences. Mon objectif est que chacun se sente soutenu, écouté et valorisé dans son activité.
Qu’est-ce qui te motive le plus dans l’accompagnement et le recrutement des formateurs ?
M L : Ce qui me motive le plus, c’est de contribuer à constituer une équipe engagée, compétente et alignée avec les valeurs de Compétences Prévention. J’aime identifier des profils qui ont envie de transmettre, et les accompagner pour qu’ils prennent pleinement leur place dans le réseau.
Comment vois-tu l’arrivée de la communauté des formateurs et son impact pour toi et pour eux ?
M L : L’arrivée de la communauté des formateurs représente une vraie opportunité : elle permet de créer un espace où chacun peut partager, s’inspirer et se sentir pleinement intégré au réseau.
Pour les formateurs, c’est un moyen de rompre l’isolement, de trouver rapidement des réponses, d’échanger sur leurs expériences et de renforcer leur sentiment d’appartenance.
Pour moi, c’est un outil supplémentaire pour animer la dynamique du réseau, fluidifier la communication et donner plus de visibilité aux actualités et aux bonnes pratiques. Cela renforcera la cohérence et la continuité de nos actions.
Qu’aimerais-tu dire à celles et ceux qui viennent de rejoindre la communauté ?
M L : J’aimerais leur souhaiter la bienvenue et les encourager à prendre pleinement part à la vie de la communauté. N’hésitez pas à poser des questions, partager vos idées, vos réussites ou même vos difficultés : cet espace est fait pour vous.
Votre expérience compte et nous sommes ravis de vous accueillir dans cette aventure collective.
Espace détente
Parce qu’un formateur a aussi besoin de souffler
Ici, on prend une respiration. On partage ce qui nous fait sourire, ce qui nous inspire, ce qui nous ressemble. Une anecdote de terrain, une passion un peu inattendue, votre lecture du moment, la meilleure recette du monde…
Chaque numéro, on vous proposera un clin d’œil léger pour terminer avec bonne humeur. Vous avez une idée, une histoire, un coup de cœur, un fou rire ?
Envoyez-nous vos propositions dès maintenant pour apparaître dans le prochain numéro.
Participer au prochain Espace détente
Formation les pieds dans l'eau
Arrivé les pieds complètement trempés à cause de la pluie et des inondations, notre formateur a finalement passé toute la journée… en chaussons. Une situation totalement imprévue, gérée avec sourire. Une belle illustration de l’adaptation sur le terrain, même quand les conditions ne sont pas idéales.


Formation immersive : plus qu'une formation…
À l’occasion d’une formation de Formateur PRAP 2S que nous avons eu la chance d’animer en mode « immersif » en Normandie, nous avons pu constater combien ces formations permettent d’échanger… bien au-delà du simple contenu de formation…
Ainsi, nous avons partagé des repas très sympas, des temps de travail et de formation bien à fond, des moments de jeu loin d’être ennuyeux, et même quelques aventures, parfois un peu dures (dont une panne d’électricité de plus de 24 heures !), qui ont été l’occasion d’explorer comment les formateurs peuvent s’adapter à toutes sortes de circonstances…
Du sérieux, du collectif, de l’imprévu… et surtout beaucoup de vécu partagé.
Quand ce sera à refaire… Bien sûr qu’on sera là ! »



À vous de jouer
Cet espace détente est tout neuf, à vous de le remplir à la prochaine édition !
Évènement à ne pas manquer !
Université d’été 2026 : deux jours pour progresser ensemble
Les 3 et 4 juillet 2026, retrouvez-nous près de Bergerac pour deux journées entre formateurs.
Ateliers, mises en pratique et échanges entre pairs : vous repartez avec des outils et des idées directement utilisables dans vos formations.
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