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Chutes de plain-pied : pourquoi le risque le plus banal reste le plus fréquent

Salariée assise devant son ordinateur portable, se tenant la nuque à deux mains avec une grimace de douleur.

Ce que vous apprendrez dans cet article :

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Ce que pèse réellement la chute de plain-pied dans les accidents du travail avec arrêt

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Pourquoi l'explication par l'inattention empêche de prévenir ces accidents

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Comment repérer les situations à risque par zone et par moment de la journée

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Ce que votre document unique doit dire de ce risque

« Il a glissé, il ne regardait pas où il allait. » La chute de plain-pied au travail est sans doute le risque le plus vite expliqué, et le plus vite classé. Elle représente pourtant 11 % des accidents du travail et 15 % des incapacités permanentes les plus graves (Assurance Maladie, Risques professionnels, « Enjeux & Actions », mars 2022). Sa fréquence ne tient pas à la maladresse des salariés. Elle tient à des causes techniques et organisationnelles que l’on ne cherche pas, parce que l’accident paraît banal. Cet article montre ce que pèse ce risque, ce que l’explication par l’inattention empêche de voir, et comment le repérer zone par zone, moment par moment, pour l’inscrire concrètement dans votre document unique.

Combien pèse la chute de plain-pied au travail ?

Les chutes de plain-pied sont la deuxième cause d’accident du travail avec au moins quatre jours d’arrêt, avec plus de 100 000 cas recensés chaque année (INRS). Elles représentent près de six accidents liés à une chute sur dix (58 %), loin devant les chutes de hauteur (Assurance Maladie, Risques professionnels, 2022, données 2019).

La gravité de ces accidents est largement sous-estimée. Les chutes de plain-pied causent 15 % des incapacités permanentes les plus graves, celles dont le taux dépasse 10 % (Assurance Maladie, 2022). L’INRS les associe à une trentaine de décès au travail chaque année (brochure ED 6433). Les lésions vont de l’entorse à la fracture, et dépendent surtout de ce sur quoi la personne tombe : arête, machine, objet dangereux.

Le coût d’une chute de plain-pied dépasse celui d’un accident moyen. Un arrêt consécutif à ce type de chute coûte en moyenne 3 500 €, contre 2 900 € pour l’ensemble des accidents du travail (Assurance Maladie, 2022). S’y ajoutent les coûts indirects supportés par l’entreprise : absence, remplacement, désorganisation de la production.

Aucun secteur n’est épargné. Le sanitaire et médico-social concentre 14 % de ces chutes, devant le travail temporaire, la grande distribution et la restauration (Assurance Maladie, 2022). Les entreprises de 30 à 49 salariés connaissent un pic de sinistralité, plus marqué pour les chutes de plain-pied que pour tout autre type de chute.

Pourquoi l’inattention n’explique pas les chutes de plain-pied ?

L’inattention est la conséquence visible d’une situation de travail, rarement sa cause. L’INRS relève que ces accidents sont souvent imputés à une maladresse ou à un défaut d’attention du salarié, et que ce biais de perception freine la prévention.

Une chute de plain-pied résulte presque toujours d’une combinaison de facteurs. L’INRS prend l’exemple d’un salarié qui glisse sur une flaque d’huile. Côté technique, ses chaussures ne sont pas adaptées à un sol gras et l’éclairage ne permet pas de voir la souillure. Côté organisation, la fuite n’a pas été réparée à temps, la zone n’a pas été balisée et les salariés n’ont pas appris à signaler les équipements défaillants. Dire « il n’a pas regardé » efface ces cinq causes d’un coup.

Le sol est en cause dans la moitié des chutes de plain-pied. L’Assurance Maladie cite les trous, les bordures, les marches, le verglas ou l’huile répandue, et dans près de 15 % des situations l’encombrement des passages (« Enjeux & Actions », 2022). L’analyse de 15 000 déclarations d’accident fait ressortir des mots très concrets : câble, encombré, allée, reculer, équilibre, pluie.

L’activité elle-même crée une partie du risque. Un salarié qui porte une charge ne voit plus ses pieds. Un préparateur qui recule pour manœuvrer un chariot ne regarde pas derrière lui. Une équipe en retard accélère le pas. Ces situations relèvent de l’organisation du travail : une consigne « soyez vigilants » ne modifie ni le sol, ni l’éclairage, ni le planning.

C’est tout l’objet de la formation Devenir acteur PRAP IBC : apprendre aux salariés à observer leur propre situation de travail, à repérer ce qui les met en difficulté et à proposer des améliorations techniques ou organisationnelles.

Comment repérer le risque de chute de plain-pied par zone et par moment de la journée ?

Le repérage le plus efficace découpe l’entreprise en zones homogènes et observe chacune aux différents moments de la journée. C’est la démarche proposée par l’INRS, qui invite à se demander quels moments, quels endroits et quelles situations de travail sont les plus propices aux chutes.

Par zone : partir des déplacements réels

Une zone homogène regroupe des espaces aux caractéristiques proches : parking et cheminements extérieurs, quais de chargement, ateliers, couloirs, zones de lavage, bureaux. Pour chacune, observez la nature et l’état du sol, la largeur de passage, les petites ruptures de niveau, l’éclairage, les câbles et le stockage provisoire. L’INRS rappelle que l’évaluation couvre aussi les espaces extérieurs et les situations exceptionnelles, comme la neige ou le verglas.

Par moment : le même couloir ne présente pas le même risque à 6 h et à 14 h

Le risque d’une zone varie au fil de la journée. Quelques moments méritent une observation dédiée :

  • La prise de poste en hiver, quand l’éclairage extérieur est faible et que les cheminements sont humides ou gelés.
  • Le nettoyage des sols, quand il a lieu pendant que la circulation continue dans la zone.
  • Les livraisons et réceptions, quand des cartons ou des palettes réduisent provisoirement la largeur des passages.
  • Les pics d’activité et les fins de service, quand la pression du temps fait accélérer le pas.
  • Les jours de pluie, quand l’eau est rapportée à l’intérieur par les entrées et les quais.

Les salariés savent où l’on glisse

L’INRS juge l’implication des salariés particulièrement nécessaire pour ce risque, car ses causes sont rarement manifestes. Les personnes qui empruntent un passage chaque jour savent où le sol devient glissant, et à quelle heure. Recueillir les presqu’accidents complète cette observation : l’INRS recommande d’analyser systématiquement les accidents et les presqu’accidents liés aux chutes de plain-pied.

Ce que le document unique doit en dire

Les résultats de cette évaluation sont transcrits dans le document unique d’évaluation des risques professionnels (DUERP), en application de l’article R. 4121-1 du Code du travail. Le DUERP consigne les risques de chaque unité de travail et sert de base au plan d’action. Une ligne « risque de chute : sensibiliser le personnel » ne suffit pas. Le document gagne à nommer la zone, le moment, le facteur et l’action : « couloir d’accès à la laverie, fin de service, sol mouillé pendant la circulation : décaler le nettoyage et baliser ». Pour ordonner ensuite ces actions, voyez comment prioriser les risques de votre DUERP sans vous perdre dans les détails.

Un risque banal, des causes identifiables

La chute de plain-pied reste fréquente parce qu’on l’attribue à l’inattention au lieu d’en chercher les causes techniques et organisationnelles. Les données de l’INRS et de l’Assurance Maladie décrivent un accident ni rare ni bénin. L’exemple de la flaque d’huile montre qu’une « maladresse » cache presque toujours un sol, un éclairage ou une organisation. Le repérage par zone et par moment transforme ces constats en lignes précises du document unique. Si vous parcouriez demain le trajet entre le vestiaire et le poste le plus éloigné, en regardant uniquement le sol, combien de points noteriez-vous ?

Vous voulez intégrer les chutes de plain-pied à votre évaluation des risques ?

Compétences Prévention forme vos équipes à repérer les situations à risque et à les traduire en actions concrètes. Notre formation à l’évaluation des risques professionnels vous aide à construire un document unique utile, et la formation Devenir acteur PRAP IBC implique les salariés dans l’observation de leur travail. Contactez-nous pour en parler.

FAQ – chutes de plain-pied au travail

Qu'est-ce qu'une chute de plain-pied au travail ?

Une chute de plain-pied est une glissade, un trébuchement, un faux pas ou une perte d’équilibre sur une surface plane, ou présentant une faible rupture de niveau comme un trottoir, une petite marche ou un plan incliné, selon la définition de l’INRS. Elle survient lors des déplacements des salariés, à l’intérieur comme à l’extérieur des locaux.

Les chutes de plain-pied sont-elles des accidents graves ?

Oui, plus souvent qu’on ne le pense. Elles représentent 11 % des accidents du travail mais 15 % des incapacités permanentes les plus graves, selon l’Assurance Maladie, Risques professionnels (2022). L’INRS les associe à une trentaine de décès par an. La gravité dépend surtout de l’environnement : objets, arêtes ou équipements sur lesquels la personne tombe.

Quelles sont les principales causes des chutes de plain-pied ?

Le sol est la première cause : défauts, souillures, verglas, encombrement des passages. Selon l’Assurance Maladie, ses caractéristiques sont en cause dans la moitié des chutes de plain-pied. S’y ajoutent un éclairage insuffisant, des câbles au sol, le port de charges, la précipitation et les activités simultanées, comme un nettoyage réalisé pendant la circulation.

Faut-il inscrire le risque de chute de plain-pied dans le document unique ?

Oui. Comme tout risque identifié, la chute de plain-pied doit figurer dans le document unique d’évaluation des risques professionnels, en application de l’article R. 4121-1 du Code du travail. L’INRS recommande de l’évaluer zone par zone, en incluant les espaces extérieurs et les situations exceptionnelles comme la neige ou le verglas.

Comment réduire les chutes de plain-pied dans une entreprise ?

Commencez par repérer les situations à risque avec les salariés concernés, par zone et selon les moments de la journée. Les actions portent ensuite sur les sols, les circulations, l’éclairage, l’organisation du travail et la formation. Les chaussures antidérapantes complètent ces mesures collectives, elles ne les remplacent pas, comme le rappelle l’Assurance Maladie.

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